búkolla /

J’ai coupé mes ongles, mais je ne les ai pas limé. Ils s’accrochent à tout. Je m’accroche au monde.

Je n’ai jamais passé autant de temps dans les parcs de toute ma vie. Je lis des livres en anglais, j’oublie que je suis ici, pourquoi ? Je m’accroche à moi, je ne suis même pas ici, je glisse.

à midi un dimanche /

Des bouleaux gigantesques papillotent en rythme sous un soleil du dimanche.

Une femme passe avec une coupe de cheveux en forme de noisette.

Elle s’est essuyé le visage, les mains avec un beau mouchoir blanc. Elle l’a calé en dessous de ses fesses. A posé ses mains échauffées sur ses hanches un peu, fixant le clavier de son regard concentré.

Elle a attaqué la mazurka du programme.

Un moment de total abandon. Je n’écoute même plus la musique. C’est mon corps qui l’écoute.

Pendant l’entracte elle se tient debout près de la tente de régie, elle fume une cigarette et corrige le présentateur. Elle joue la berceuse opus 57 en ré bémol majeur, ma préférée.

chopin-warsaw

un conte /

Ogrod. Parc en polonais. Ogre.

Ils grandissent, ils enflent et s’assèchent. Peuplés d’enfants longilignes aux corps élastiques, leurs cris cinglants comme un coup de serviette mouillée.

Les parcs sont des poumons à vif, les bronchioles misent à nu. Ils arrivent à l’automne comme des organes de fumeurs.

Je suis fâchée contre Franek.

Je lis un mot sur deux de Maria avec ou sans rien mais le nurofen que j’ai pris il y a un quart d’heure distille son acide dans mon cerveau et m’endort de douleur.

Abattue comme un organe de fumeur.

Je ne veux plus lui parler.

Y l’orage /

Les gens courent légèrement vêtu de la chaleur diurne. Ils courent d’angoisse alors qu’il n’est pas là. Avoir envie d’écouter cet album oublié depuis dix ans comme une évidence. Ce soir au yoga, je me suis rappelé une rose, blanche, à peine rose pâle, petite, un peu fripée, chaude, épuisée d’un jour trop chaud pour elle. Tous les jardins de ma vie remontés dans les arcs électriques. Les gens courent. Trois gouttes tombent .

Y l’orage.