Lit /

29103854_2169883543027857_30701001757425664_odessin : Frederic Poincelet couverture de « mon bel amour »

 

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Boire la tasse /

Sur les lignes transatlantiques
J’ai perdu ton amour au café,
Paris perdu,
Tu as posé là notre échec
Et le double des clés.
Tu n’étais pas obligé de partir, tu sais
Je ne suis jamais vraiment rentrée.

Instantanés 1 /

Nous avons immergé nos terreurs nocturnes
Dans la mer épuisée
Les silences carnatiques
Tout ça n’a jamais été pour toi.

Mes paravents d’aménité
Contre leurs vents contraires
Masquent mes peurs acclimatées
Certitudes surnuméraires.

La poussière de nos dimanches
Sur tous les jours de ma semaine
Les ailes d’un oiseau au large
Lentement rechargent notre amour fou.

 

Christmas /

Je marche sur les trottoirs miroirs
les bouches comme des cheminées avides
seule être insulaire
insulaire
insolente et solaire
la variété sociale créé mille et mille et encore toujours plus
fils gluants autours de moi, de ma gorge, de mes yeux
mes paumes sont chaudes et froides
et ces étincelles écarlates et factices
abîment mes yeux fragiles et secs.
Au plus profond de la nuit
au jour le plus court de son solstice oublié
ces étincelles se diluent sales et embourbées dans les bouches d’égout
insolentes et avides
à Noël, toujours pareil, le corbeau gigantesque se repait des cœurs fatigués
l’entaille est plus grande et mes dents saignent
ma bouche dégoûtée.
La phrase est aigre et perdue, déjà dite elle est inscrite
déjà pensé, elle est maudite
les chats noirs s’endorment épuisés
les mains, comme le cœur, manquent tous les jours.

Territoire /

Je lave mes yeux gris d’orage aux larmes d’habitude, moi dont les yeux ont la couleur des sols en hiver, des cargos en friche, des villes abandonnées d’espoir.

Je fracasse de mes poings réunis les fissures qui s’agrandissent béantes et offertes comme ces femmes arrosées d’essence et qu’on laisse mourir par envoutement.

Serait-il possible de se taire dans ce visage vieilli et prendre le vent de face ? je caresse le sol de poussière, je n’attend plus et pourtant je peine à lâcher la corde qui brule mes paumes abusées.

« Traines tes pieds » disait-elle « Avances et courage ». « Traine tes pieds » disait-elle.

Je lave mes yeux de la poussière de toi et le sol de nos racines et le sol de ma terre, le sol de ma mère et de nos envies d’amour et je lave ma bouche du désir et je lave mes seins de tes mains et je traine ma chevelure mitée et je fracasse mes oreilles dans la musique bourrasquante et je lave mes yeux et je lave mes mains et je lave mon cœur, mes mains. Je plonge dans l’abîme et j’accepte de courber mes poignets cassés et mon visage.

Il y a  des choses que je voudrais te dire mais tu as comblé tes silences dans des monologues hermétiques où je n’ai plus ma place. Tu m’as regardé, puis tu as regardé plus loin, derrière mon épaule.

Il n’y a plus rien.

Nous nous endormons comme un couple fané, on se toise comme un couple en crise. Tu as oublié que l’art est avant tout un acte qui vient de l’intérieur.

Aime moi. Aime moi.

Pour Natacha W.