BFF /

Je ne vois plus la lumière. Je la regardais pour toi, pour que tu t’émerveille de son existence. Quand on parlait de cinéma des nuits entières et que tu comprenais le jour venu. Les après midi denses dans l’appartement déserté, nos doigts sentant le henné de New York. Les rêves trop gros pour nos vies, pour nos cerveau même de seize ans. Je t’ai aimé si fort V. qu’il m’a fallu vingt ans pour te quitter parce que l’intime au final use plus que le trottoir, les talons des chaussures. J’avance, j’ai cherché à te remplacer, sans résultat. Tu resteras à ta place comme le buste égyptien que tu avais posé au milieu de la cheminée et recouvert de nos dessins au henné de New York.

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La déchirure /

Ça m’a fait l’effet d’une petite peau sur le pouce qu’on ne peut s’empêcher de gratter, de détacher avec l’index, de gratter encore plus, d’étirer ce petit lambeau transparent qui n’a rien demandé à personne et qui finira par disparaitre, comme tout en somme.
Mais là c’est encore un petit bout de peau qui appartient à son corps, à un tout.
Ça m’a fait l’effet d’un petit bout de peau qu’on arrache, qui fait mal et qu’on continue de tirer en se demandant pourquoi.

A mains nues /

J’ai parlé de toi jusqu’à l’écœurement et l’écœurement venu, j’ai continué encore jusqu’au malaise et le malaise venu je ne sais plus si la haine s’en allait ou remontait comme le reflux des bords de la Marne là où je suis, me laissant bouffer par les moustiques, lasse.

Ce sont tes mains qui me manqueront le plus. Je me les rappelle posées sur cette table froide. J’ai cette image très forte incrustée en moi, dans mes yeux derrière mes oreilles, sur mon cou, là où elles se sont posées en plein cauchemar.

Je ne comprend pas. Et je survole les forêts. Je ne comprend pas. J’ai plongé, le soir couchant toute nue dans la piscine glacée. Je ne comprend pas. Pourquoi la haine déversée.

HEURTS :

J’étais avec eux. J’étais avec toi. Totalement. Avec elle. Il était là, à côté de moi et j’étais jalouse. J’étais en face de lui et j’étais jalouse aussi, à côté d’elle et j’étais jalouse encore. Ils sont loin de moi, plus les secondes creusent le dessous de mes yeux, plus ils s’éloignent.. Avec une sorte d’écho et de touffeur.

CIRE :

La douceur estival a coulé sur ma peau qui se fane, la douceur estival de ce tissu en viscose comme une caresse que tu ne me donneras jamais. Je t’ai vu dans ce film, et encore au travers d’un autre. J’aurais voulu revenir en arrière et les revoir encore et encore.

« J’ai paniqué tu sais » dit-elle. « Je ne voulais pas ». Les regrets de ce que l’on n’apprend jamais. j’ai mis Cassiopée dans ma peau. Rien n’y a fait.

Oui tu as raison, je projette, oui je suis mal et frustrée. Oui tu as raison. Mais c’est seulement depuis que tu es là j’ai envie de dire.

Préface /

J’ai vu un (deuxième) monde s’ouvrir entre deux eaux

Entre deux moi

Créant des reflets pleins de verrières

Et de soleil filtrant du feuillage

J’ai vu un monde monter

Des obélisques de mes mains

A chaque ports célestes

Des habitations lunaires

Ce sont mes villes verticales.

J’ai vu un (deuxième) monde s’ouvrir derrière

Celui-la

Sombre et palpitant dans la moëlle

C’est je crois être soi

Parce que je te souhaite

De trouver ce deuxième monde.

pour Julien,

printemps 2005,

 

Bribe /

Il y a la très belle chanson de Cloé du Trèfle qui demande « qu’est ce qui me manquera le plus, le désir ou toi ? » Et c’est bien ça, le désir. J’ai le regret des choses pas encore passées, je dois faire le deuil de notre week-end à la mer, il ne verra jamais Strasbourg avec moi, je ne monterai jamais sur le bateau de son meilleur ami, je n’aurai pas le privilège de lui faire des muffins à la carotte.

(…)

Et aujourd’hui ? Ils avaient l’aspect d’un feu noir, à la fois sombre et brillant. L’un deux ressemblait à une méduse électrique. Il chantait, il m’a semblé que c’était du grec.

(…)

Non vraiment, je ne sais pas quoi dire de plus.

Lettre à J /

Hiver 2008

Tu vois, je regrettais déjà que tu partes s’en « t’entendre ». j’ai écouté ton cœur battre, ta main apaiser ma tête, en quelques minutes je me suis retrouvée dans une bienheureuse béatitude, douce, chaude, lisse. Depuis que tu es parti je me sens hyper-solaire et plus démunie que jamais. L’ouïe plus fine, le cœur au bord des yeux, les poumons déployés. Mon âme est encore engourdie. Tu m’as lavé de C. et des saletés, dépêtrée de _certains de_ mes boulets. Merci pour ton immense regard immense. Je ne comprendrais peut être jamais ce que ce regard veut dire mais qu’importe puisque mon cœur semble le comprendre sans en informer mon cerveau. Deux mille neuf, il y a tellement de jolis mots là dedans, sans toi je serais passé à côté.

Mille et un baisers

Que la Terre déverse sur toi la neige scintillante la plus douce pour tapisser ton chemin.