Moon /

moon

Il y a des lunes où il n’y a rien d’autres à faire que de hurler dans la nuit.
Lancer les chiens et sonner l’hallali de la fausse innocence et des faux amis.

Dans le brouhaha de la vénerie dépecer les silences, les serments de la ville.

J’arracherai des jarrets de ceux qui me piétinent, les serments de Judas.
Je lécherai mes pattes grises au goût métallique du sang de mon dernier repas.

Agneaux, prenez garde aux mâchoires acérées de la louve acculée.
Vos enfers sont délabrés, mais son territoire n’est pas votre royaume.

 

pendentif lune : Cleopatrasbling
tarot : aquarian deck

 

 

BFF /

Je ne vois plus la lumière. Je la regardais pour toi, pour que tu t’émerveille de son existence. Quand on parlait de cinéma des nuits entières et que tu comprenais le jour venu. Les après midi denses dans l’appartement déserté, nos doigts sentant le henné de New York. Les rêves trop gros pour nos vies, pour nos cerveau même de seize ans. Je t’ai aimé si fort V. qu’il m’a fallu vingt ans pour te quitter parce que l’intime au final use plus que le trottoir, les talons des chaussures. J’avance, j’ai cherché à te remplacer, sans résultat. Tu resteras à ta place comme le buste égyptien que tu avais posé au milieu de la cheminée et recouvert de nos dessins au henné de New York.

La déchirure /

Ça m’a fait l’effet d’une petite peau sur le pouce qu’on ne peut s’empêcher de gratter, de détacher avec l’index, de gratter encore plus, d’étirer ce petit lambeau transparent qui n’a rien demandé à personne et qui finira par disparaitre, comme tout en somme.
Mais là c’est encore un petit bout de peau qui appartient à son corps, à un tout.
Ça m’a fait l’effet d’un petit bout de peau qu’on arrache, qui fait mal et qu’on continue de tirer en se demandant pourquoi.

A mains nues /

J’ai parlé de toi jusqu’à l’écœurement et l’écœurement venu, j’ai continué encore jusqu’au malaise et le malaise venu je ne sais plus si la haine s’en allait ou remontait comme le reflux des bords de la Marne là où je suis, me laissant bouffer par les moustiques, lasse.

Ce sont tes mains qui me manqueront le plus. Je me les rappelle posées sur cette table froide. J’ai cette image très forte incrustée en moi, dans mes yeux derrière mes oreilles, sur mon cou, là où elles se sont posées en plein cauchemar.

Je ne comprend pas. Et je survole les forêts. Je ne comprend pas. J’ai plongé, le soir couchant toute nue dans la piscine glacée. Je ne comprend pas. Pourquoi la haine déversée.

HEURTS :

J’étais avec eux. J’étais avec toi. Totalement. Avec elle. Il était là, à côté de moi et j’étais jalouse. J’étais en face de lui et j’étais jalouse aussi, à côté d’elle et j’étais jalouse encore. Ils sont loin de moi, plus les secondes creusent le dessous de mes yeux, plus ils s’éloignent.. Avec une sorte d’écho et de touffeur.

CIRE :

La douceur estival a coulé sur ma peau qui se fane, la douceur estival de ce tissu en viscose comme une caresse que tu ne me donneras jamais. Je t’ai vu dans ce film, et encore au travers d’un autre. J’aurais voulu revenir en arrière et les revoir encore et encore.

« J’ai paniqué tu sais » dit-elle. « Je ne voulais pas ». Les regrets de ce que l’on n’apprend jamais. j’ai mis Cassiopée dans ma peau. Rien n’y a fait.

Oui tu as raison, je projette, oui je suis mal et frustrée. Oui tu as raison. Mais c’est seulement depuis que tu es là j’ai envie de dire.

Préface /

J’ai vu un (deuxième) monde s’ouvrir entre deux eaux

Entre deux moi

Créant des reflets pleins de verrières

Et de soleil filtrant du feuillage

J’ai vu un monde monter

Des obélisques de mes mains

A chaque ports célestes

Des habitations lunaires

Ce sont mes villes verticales.

J’ai vu un (deuxième) monde s’ouvrir derrière

Celui-la

Sombre et palpitant dans la moëlle

C’est je crois être soi

Parce que je te souhaite

De trouver ce deuxième monde.

pour Julien,

printemps 2005,

 

Bribe /

Il y a la très belle chanson de Cloé du Trèfle qui demande « qu’est ce qui me manquera le plus, le désir ou toi ? » Et c’est bien ça, le désir. J’ai le regret des choses pas encore passées, je dois faire le deuil de notre week-end à la mer, il ne verra jamais Strasbourg avec moi, je ne monterai jamais sur le bateau de son meilleur ami, je n’aurai pas le privilège de lui faire des muffins à la carotte.

(…)

Et aujourd’hui ? Ils avaient l’aspect d’un feu noir, à la fois sombre et brillant. L’un deux ressemblait à une méduse électrique. Il chantait, il m’a semblé que c’était du grec.

(…)

Non vraiment, je ne sais pas quoi dire de plus.

Lettre à J /

Hiver 2008

Tu vois, je regrettais déjà que tu partes s’en « t’entendre ». j’ai écouté ton cœur battre, ta main apaiser ma tête, en quelques minutes je me suis retrouvée dans une bienheureuse béatitude, douce, chaude, lisse. Depuis que tu es parti je me sens hyper-solaire et plus démunie que jamais. L’ouïe plus fine, le cœur au bord des yeux, les poumons déployés. Mon âme est encore engourdie. Tu m’as lavé de C. et des saletés, dépêtrée de _certains de_ mes boulets. Merci pour ton immense regard immense. Je ne comprendrais peut être jamais ce que ce regard veut dire mais qu’importe puisque mon cœur semble le comprendre sans en informer mon cerveau. Deux mille neuf, il y a tellement de jolis mots là dedans, sans toi je serais passé à côté.

Mille et un baisers

Que la Terre déverse sur toi la neige scintillante la plus douce pour tapisser ton chemin.

Seuls la glace et le temps sont maîtres /

Dans le ronron sourd de ta voiture tu roules depuis deux heures déjà. J’ai vu les coyotes courir dans l’argent, turquoises comme l’eau qui coulent sur les fenêtres, sous les églises de pierres douces. Il y a du rose dans mon assiette, il y a du vide à la place de ma mère. En ces temps sombres, je ne vois plus le soleil se lever, il reste coincé comme un gibier traqué dans les cols et les crêtes. Nous l’avons laissé à la merci des contrebandiers, blanc et dur comme un bronze gigantesque. Je vois les dents montagneuses mâcher le ciel qui sursaute baisant le lac de sa bouche légère. Nous avons déroulé des routes le long du dos des ânes du grand frais aux alpages, dans des boites de conserves piquées d’aiguilles pour s’arrêter aux petits chevaux d’Italie. Le sol est immobile.

Lettre à Julien /

Tu viens de me laisser au travail. K est partie faire quelques courses. Je suis encore emplie de la force minérale de la cathédrale. Ça n’est pas si agréable. J’ai les jambes qui flageolent et le cœur gros. Une vague de mélancolie est venue petit à petit inonder ma roulotte comme le nénuphar de l’écume des jours. Je me sens en plein paradis des cailloux. Tu es là dans mon pays, mon chez moi et tu sembles triste, la tête autre part. Je m’en veux que tu ne sois pas plus heureux au moins pendant ces quelques jours.

J’ai cette impression d’amer regret de t’avoir toujours raté. J’aurais voulu que tu sois mon ami et nous sommes comme des boules de billard, semblables et incapables de se rapprocher. Ce soir tu vas partir et j’aurai le cœur encore plus gros, le manque de ne pas t’avoir serré dans mes bras, de ne pas avoir ri avec toi, peut être de ne pas avoir compris ce que tu avais à dire et que tu n’as pas dit, toute ta vie que tu tiens inlassablement secrète.

Je repense à cet été où tu m’as manqué si fort, où j’étais si démunie dans l’ombre solaire de N et de ma terre qui me nourrissait chaque jour un peu plus. Quand j’aurais voulu t’avoir avec nous sur ce plateau irréel des Vosges.

Je ne sais pas pourquoi nous n’arrivons pas à nous convaincre mutuellement de cette gentillesse qui nous caractérise, pourquoi je te vois si froid et indifférent et pourquoi tu me vois si compliquée et inaccessible. Oui, j’ai l’impression de t’avoir raté. Ça m’importait que tu saches qui je suis, que je suis ton amie, que je ne t’ai jamais voulu de mal même si j’ai été si maladroite. Tu t’es senti agressé et j’ai l’impression depuis, que tu t’ai buté même si tu me dis le contraire. Dommage. Tu me mets face à un échec, c’est difficile de faire avec.

J’espère que tu reviendras me voir, que tu me feras oublier la douleur que la Belgique m’a abandonnée et peut être que notre fort soleil alsacien de l’été éloignera le gris de ton regard.

Avec toute mon affection,