lettre à N /

29 septembre 2007,

Cris et chuchotements

Bonjour petit astronef,

Je me faufile au travers de mon crachin belgicain pour t’envoyer trois mots en forme de poire.

Ici l’installation se fait doucement, pour l’instant j’erre dans un appartement vide et je me raccroche à mes lambeaux strasbourgeois comme si ma vie en dépendait, des photos en fond d’écran, des fringues d’été qu’on a beau superposer, on a toujours froid. J’ai mangé une frite à frit land, mais elle était fade, elle n’avait pas le goût d’avant, le goût du pays. Alors j’écoute en boucle Joanna Newsom pour me rappeler combien nous sommes solitaires,  encore plus seuls perdus dans le pays de la pluie.

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lettre à C /

21 août 2006,

Il est 5h10, j’ai la nausée et les cheveux froids. Toute la journée j’ai été prise de malaise, j’ai grignoté une tartine au goût de méditerranée, rien n’y a fait. Alors quittant mon bureau auquel je suis accroché toutes mes heures d’éveil je me suis plongé dans « moi d’abord » que tu m’as conseillé il y a dix ans…d’où la nausée, trop dur de lire ce qu’on n’ose pas se dire, l’ennui, l’étouffement et pas savoir quoi changer.

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Gloria /

Qu’est ce que je ferai quand je serai couchée sur ce lit, en pleurs, les traits froissés, triste d’être devenue ce que je refusais d’être. Une femme fatiguée, ridée, usée, abandonnée. Qu’est ce que je ferai parce que ta vie aura alors plus d’importance que la mienne, que la nécessité de survie aura sauté une génération, est ce que ton père aura encore de la compassion pour ma pauvreté ? Est-ce que mon père aura encore de la tendresse pour son enfant ? Est-ce que si je te prenais dans mes bras après avoir pleuré, tu me remplirais et me pardonnerais d’être si mal ce que je redoutais d’être ? une adulte bancale, une mère faillible. Une humaine comme toi.

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lettre à A /

17 septembre 2007,

J’ai ajouté des éphémérides à ma lettre pour Christine la lointaine, l’amie du bout des trains, des rêves de partance. Je lui parle de mon amour, toi, ce drôle d’amour si neuf, si fragile comme un œuf de caille. Je pense à cet amour que nous ne ferons jamais, à cet amour que nous construisons à chaque mots maladroits, je pense à ton Amour et je lui souhaite de vivre encore longtemps et que vous soyez heureux et des cerisiers en fleurs que nous regarderons tous ensemble, les possibles et les moins probables.

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si vous aimez…/

/… ce que vous lisez sur Latitude de l’âme vous aimerez surement :

jalousies

(…) Je me suis endormi comme une masse, abruti de vin. On aurait dit que je fêtais une libération. Le ciel avait crevé, la neige s’était répandue partout. Paris tout blanc s’étalait derrière cette même fenêtre que je regarde à présent. Le lendemain à l’aube, au réveil, je me suis découvert d’énormes réservoirs de souffrance. J’ai arrêté de me nourrir, d’étudier. J’ai vagabondé dans la ville en psalmodiant son nom. Je me suis desséché.

(…) Si on réfléchit posément, on s’aperçoit que dans son principe la jalousie ne concerne pas un homme ou une femme qui serait nôtre et qu’un tiers nous prendrait, mais un rapport entre soi et cet homme ou cette femme. On se sent évincé, parce que, comme je l’ai déjà signalé, évincer signifie triompher de quelqu’un, et que dans le rapport amoureux, qui est toujours sous-tendu de rivalité, l’autre triomphe de nous en nous préférant un lieu qu’il trouve plus agréable.

(…) Faire l’amour en état de jalousie, dans la frénésie de la réconciliation, surpasse toutes les formes de tendresse. On s’unit avec l’autre et en même temps contre lui. On s’exalte d’être à ce point d’accord. Vous êtes d’une gratitude éperdue pour celle qui vous revient. Elle avoue sa tromperie sans un mot, vous prouvant qu’elle est fourbe mais qu’elle vous préfère, et c’est exquis.

(…)  » A vous aussi, il a fait le coup de sa première femme ? Écoutez, chacun possède son jardin secret, il se confie si peu, je ne risquerais pas ma tête sur un point aussi nébuleux. Qu’est-elle devenue, qu’a-t-il vraiment vécu avec elle, je l’ignore. Une partie de ce qu’il raconte, probablement. Ce qu’à fait votre conjoint dans une autre vie, bien naïf qui prétend le savoir. Connaissez-vous la personne qui dort avec vous, de qui vous exigez une fidélité absolue, dont vous croyez spontanément le discours, mais dont vous n’avez pas la moindre idée des pensées qui l’ont traversée durant le repas que vous venez de partager avec elle ? «