Avant l’orage /

Des perles d’eau bien rondes roulent avec fracas
Sur la plaque encore brulante que tu viens tout juste d’éteindre
Elles crépitent en de petites explosions humides
Et viennent embuer les fenêtres de notre cuisine
Le soleil coule à présent sur les vitres où nous posons nos mains,
Oubliant la glace des hivers auxquels nous avons survécus.

Le soleil est devant moi.

Les fenêtres se ferment dans un bâillement moite,
Les appartements japonais de l’immeuble thé vert de la rue du pressoir
Disparaissent dans une brume vespérale
Et la jungle délirante d’un carrefour émancipé
Exhale ses parfums d’aldéhyde et de bitume.

Les filles balancent leurs ventres sur pilotis
Suivant la cadence d’une galère millénaire
Leurs larmes n’adhèrent plus à la surface lisse de leurs cuisses désabusées
Non, il n’y a plus de traces sur les routes qu’elles empruntent.

Les boucles de mes cheveux lasses de rebondir et alourdies de chaleur
Se sont laissé choir le long de mon cou
Que tes lèvres n’approchent plus depuis le début des hostilités.

Je regarde les rideaux effacés voler mollement dans les pales du ventilateur
Je n’essaie plus d’y voir les frimas sylvestres
Et la touffeur indonésienne des forêts de la Seine et Oise
Remplit la canopée d’un espace oublié d’oiseaux repus de lumière.

Nos gestes se délaient dans les caresses lointaines que nous nous offrons cordialement
Et rien ne vient perturber la transpiration qui satine ma peau
Et que le vent emmène et avec lui, les scories noires de mes nuits blanches.

Tu respires mal dans cet autre espace éloigné de moi
Tu me détournes le regard sur l’eau tranquille où je noie ma torpeur
La canicule nous vole les dernières sensations de ta peau sur la mienne.
C’est parti dans l’eau des douches et des rivières sans un mot.

Nous attendons l’orage

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Préférer s’éloigner du feu /

Les frondaisons sont pâles et les peupliers se courbent sous le vent triste de l’Auvergne macabre.

Le ciel s’ouvre bien sûr, mais c’est loin vers la Côte d’Or. Là, les fenêtres ont toutes le reflet métallique des soleils noyés. La pluie secoue les wagons-citerne des trains de fret que je dépasse de gare en gare. Je regarde les bourrasques comme une série de gifles, les vents comme la poussière des déserts américains, la poudre que l’on ôte de son vêtement d’un geste sec de la main.

Et maintenant les Margots de pluie se déversent sur ma vitre comme la morve dégoutante des enfants pleureurs.

Les blés vibrants sont devenus glauques, moites, je me bat contre une violence sociale qui n’a pas lieu d’être et je tourne le dos à l’orage qui a immobilisé notre train sur la voie. Je met des kilomètres entre eux et moi et je reçois encore leurs messages merdiques qui me tirent comme les élastiques des jokaris vers cette situation écœurante que je fuis.

Les éclairs illuminent à intervalles réguliers les fenêtres du fond.

Entheos /

Les premières gouttes d’un orage sont les plus belles et les plus terribles. Chaque goutte qui arrive enfin sur la surface de la terre, de la peau est comme une manne s’éclatant en étoile,  se rejoignant l’une, l’autre pour former des ronds plus grands, puis des lignes qui filent et que l’on ne peut pas rattraper. Et lourdes et grises et sales et presque sèches au final. Le goudron tendu et gonflé éclate enfin sous leurs caresses dégageant son musc pétrolier avec une vigueur renouvelée. Le grès des murs de ma ville se fissure sous les chocs minuscules, se désaltérant en pleine sècheresse. Les lions se lèvent enfin de sous les tilleuls et avancent, encore abattus de chaleur, se joignant à la fête des agneaux extatiques. L’eau retournera loin charriant les poussières de l’Inde sauvage, pour l’instant elle ballade sa crécelle dans les rues vides, dans la cour où s’engouffre notre appartement la fenêtre ouverte, tu ouvres les yeux, tu te réveilles.

Y l’orage /

Les gens courent légèrement vêtu de la chaleur diurne. Ils courent d’angoisse alors qu’il n’est pas là. Avoir envie d’écouter cet album oublié depuis dix ans comme une évidence. Ce soir au yoga, je me suis rappelé une rose, blanche, à peine rose pâle, petite, un peu fripée, chaude, épuisée d’un jour trop chaud pour elle. Tous les jardins de ma vie remontés dans les arcs électriques. Les gens courent. Trois gouttes tombent .

Y l’orage.