A l’intérieur les gens ont des gestes tranquilles /

Il est là. Près de moi tu sais. Il est là. Dans les murs. Il est seize heures vingt au clocher de Neauphle. Les feuilles frissonnent d’un vent tranquille. il y a des nénuphars dans ta mare, dans la mare de Jeanne. Sont-ils les même que dans les eaux limoneuses du Mékong ?

La glycine est encore en fleurs alors que nous sommes en septembre. Il y a un grillage qui enferme ton fils, qui me tient en dehors de toi. Tu es là. Près de moi, tu sais. Dans les murs. Dans mes mots.

les chevaux /

C’est un flux tendu, poussiéreux, sableux et vaste, des esplanades vertigineuses et solaires. C’est un âge en marche, ce sont des regards fuyants sur la surface métalliques des flots, humide, frais et souffreteux comme une gorge qui a trop crié. C’est Duras flamboyante, qui s’impose dans un silence qui ne souffre aucune critique, qui ne négocie plus. Le baroque de ses mots emplis tout l’espace du style. Elle polit les personnages dans ses mots comme des petits sous brulants oubliés dans une voiture en plein soleil et qu’on jette dans les fontaines fraiches et dont le métal se rétracte. Le style Duras a la densité et le cassant des pins dans la sècheresse.
Ce sont les petits chevaux de Tarquinia.

Duras /

J’ai vu cette femme chercher des racines qu’on lui avait oubliées. Je l’ai vu de trains en avions ramasser au bord des trottoirs les peaux depuis longtemps mortes d’intérieurs de parade.

Mais quand l’intérieur vient recouvrir un intérieur, il devient extérieur. Et d’extérieurs en extérieurs, de jeux en espérance, j’ai vu cette femme faner, trop lourde du poids étouffant de ces pétales. J’ai vu cette femme et je lui ai dit « j’ai l’impression de t’avoir ratée. » Et d’intérieurs en intérieurs, dans la pureté intime de la faiblesse, elle m’a tendu un mot, comme un noyau nu.

Ce mot j’essaie de le chérir en évitant les couvertures qui ne protègent plus, sans arrêter pourtant de me bruler les doigts dans mes trains, mes avions, à un ailleurs qui ne viendra pas. Le pays où l’on n’arrive jamais. Car après il n’y a plus rien, c’est le Pacifique.

La nuit /

Il n’y a pas de lumière dans la pièce. Quelques miettes d’ombre qui se sont échapées du ciel dehors font voir la silhouette de quelques plantes mortes pendues comme des épouvantails.

Mais il n’y a pas de lumière.

C’est l’été dehors. Et la nuit tombe. Mais qu’est ce qu’elle en sait ? Peut être est ce le matin ou l’après midi. Peut être n’est elle plus à Rome, elle est peut être déjà au Portugal.

Mais elle le sait, elle le ressent,

Le rythme de la nuit, les sons qui s’éloignent.

Elle est encore à Rome. Elle connait la nuit,

Parce qu’elle l’a apprivoisée, les horaires, elle les connait.

La pièce est petite et l’odeur amère des fruits en train de pourrir se tient cachée dans les murs. Mais ça sent bon. Ça sent la liberté de se détruire. la liberté de mourir.

Laisse moi partir.

Les menottes aux poignets.

Elle peut à peine bouger ses épaules et la sensation qu’il y a des lames sur la chaise, que le fer tiède mouillé de sa sueur est en fait des lames de rasoirs mouillées par son sang.

L’air colle. Il fait trop chaud pour respirer et la culotte qui enserre ses jambes et sa valeur est trempée de sa transpiration.

Laisse moi partir.

Le tissu des bandages qui couvraient les blessures graves qu’elle a subie à commencé hier à se dénouer.

Elle se rappelle. Elle avait sept ans, quand elle a senti cette douleur.

Les abeilles dans le jardin de sa grand-mère.

Laisse moi partir.

Ça y est elle se dit. Coincée dans la rue, c’est la cire jaune qui coule, pas le sang rouge.

Mais elle se souvient du panneau si ironique qu’elle a vu juste avant de partir.

« Vous n’êtes pas une marchandise. »

Elle ferme les yeux.

Elle le sait. Elle l’a apprivoisée, la nuit.

écrit lors d’un exercice d’écriture théâtrale en 2001. Thème et contrainte : une femme, une chaise, la nuit. Deux heures pour écrire, mettre en scène et jouer.