La consolation /

J’ai raté mon roman. J’ai raté ma maternité. Mes films avortés et pas qu’eux. J’ai raté mes nuits et le repos du guerrier. J’ai raté ma gloire et mes mots sans lecteurs. J’ai raté la beauté de la jeunesse que je n’ai jamais eu. J’ai raté l’amour de ma mère et des garçons de passage, ma jalousie. Je n’ai pas raté mon néant et ceux qui réussissent. J’ai raté mes larmes, je ne sais même plus à qui je les ai offertes. J’ai raté tous les desserts de tous les repas auxquels mes amis m’ont conviée. J’ai raté mon mariage. J’ai raté quelques histoires d’amour avec des garçons et des filles que je n’ai pas su accueillir, garder pour certains. J’ai raté cinq commissions du CNC. J’ai raté ma carrière de cheffe op et quelque peu celle de réalisatrice. J’ai raté le charisme que mes pensées semblaient porter. J’ai raté nos ruptures. J’ai raté ma première analyse. J’ai raté ma deuxième analyse. J’ai bon espoir pour la troisième. J’ai raté mes prétentions artistiques et celles de ma sœur. Devenir pianiste, devenir peintre, devenir harpiste et productrice. J’ai raté ma carrière d’éclusière et d’ermite. J’ai raté les mots dits, j’ai raté les silences. Je n’ai pas raté les mots cruels. J’ai raté des amitiés auxquelles je tiens encore. J’ai raté la sagesse et les mots jamais au-dessus des autres. La pluie qui tombe, les années qui passent et les régimes à la con. J’ai raté l’envie de réussir, ma santé et partir en laissant une trace.
.
Mais de ça je me console, parce que tu es là désormais.

doujorgelow

Publicités

A l’intérieur les gens ont des gestes tranquilles /

Il est là. Près de moi tu sais. Il est là. Dans les murs. Il est seize heures vingt au clocher de Neauphle. Les feuilles frissonnent d’un vent tranquille. il y a des nénuphars dans ta mare, dans la mare de Jeanne. Sont-ils les même que dans les eaux limoneuses du Mékong ?

La glycine est encore en fleurs alors que nous sommes en septembre. Il y a un grillage qui enferme ton fils, qui me tient en dehors de toi. Tu es là. Près de moi, tu sais. Dans les murs. Dans mes mots.

les chevaux /

C’est un flux tendu, poussiéreux, sableux et vaste, des esplanades vertigineuses et solaires. C’est un âge en marche, ce sont des regards fuyants sur la surface métalliques des flots, humide, frais et souffreteux comme une gorge qui a trop crié. C’est Duras flamboyante, qui s’impose dans un silence qui ne souffre aucune critique, qui ne négocie plus. Le baroque de ses mots emplis tout l’espace du style. Elle polit les personnages dans ses mots comme des petits sous brulants oubliés dans une voiture en plein soleil et qu’on jette dans les fontaines fraiches et dont le métal se rétracte. Le style Duras a la densité et le cassant des pins dans la sècheresse.
Ce sont les petits chevaux de Tarquinia.

Duras /

J’ai vu cette femme chercher des racines qu’on lui avait oubliées. Je l’ai vu de trains en avions ramasser au bord des trottoirs les peaux depuis longtemps mortes d’intérieurs de parade.

Mais quand l’intérieur vient recouvrir un intérieur, il devient extérieur. Et d’extérieurs en extérieurs, de jeux en espérance, j’ai vu cette femme faner, trop lourde du poids étouffant de ces pétales. J’ai vu cette femme et je lui ai dit « j’ai l’impression de t’avoir ratée. » Et d’intérieurs en intérieurs, dans la pureté intime de la faiblesse, elle m’a tendu un mot, comme un noyau nu.

Ce mot j’essaie de le chérir en évitant les couvertures qui ne protègent plus, sans arrêter pourtant de me bruler les doigts dans mes trains, mes avions, à un ailleurs qui ne viendra pas. Le pays où l’on n’arrive jamais. Car après il n’y a plus rien, c’est le Pacifique.