Entheos /

Les premières gouttes d’un orage sont les plus belles et les plus terribles. Chaque goutte qui arrive enfin sur la surface de la terre, de la peau est comme une manne s’éclatant en étoile,  se rejoignant l’une, l’autre pour former des ronds plus grands, puis des lignes qui filent et que l’on ne peut pas rattraper. Et lourdes et grises et sales et presque sèches au final. Le goudron tendu et gonflé éclate enfin sous leurs caresses dégageant son musc pétrolier avec une vigueur renouvelée. Le grès des murs de ma ville se fissure sous les chocs minuscules, se désaltérant en pleine sècheresse. Les lions se lèvent enfin de sous les tilleuls et avancent, encore abattus de chaleur, se joignant à la fête des agneaux extatiques. L’eau retournera loin charriant les poussières de l’Inde sauvage, pour l’instant elle ballade sa crécelle dans les rues vides, dans la cour où s’engouffre notre appartement la fenêtre ouverte, tu ouvres les yeux, tu te réveilles.

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Bulimia nervosa /

J’avais de ridicules ronds de blush rose français sur les joues quand je me suis entraperçue dans le miroir gigantesque de la boutique. J’ai fermé la porte, les bruits du dehors ne me viennent plus qu’en images. Les vitres de glace. La vie sous vide, mais qui est sous verre ? La grippe a fait couler un plâtre laiteux dans mon cerveau aphone. Ma tête est pleine jusqu’à l’écœurement. Le silence me sauve, heureusement, de toutes ces silhouettes qui passent sans me regarder entre mes vitres de glace. Je ferme la porte. La vie sous vide.