Céleste /

La couleur de mon rouge à lèvres dans le reflet de la vitre du train a le souvenir de Cologne, de la petite combinaison verte ou bien rouge ou bleu ciel, je ne sais plus, que ma mère ou peut être Krista m’avait mise. j’étais maquillée en petit chat pour le carnaval, ça je m’en souviens. Les bonbons, les petits chocolats de glace, les mini bouteilles d’eau de Cologne 4711, mon premier parfum. La couleur de la terre d’hiver endormie entre Strasbourg et Sélestat a le souvenir des petits jours parisiens avec Maryem, les robes à falbalas de polyester fuchsia. les dimanches humides des villages de la forêt Noire, j’étais habillée en Pierrot, ma mère me maquillait, j’ai encore la sensation du blanc Chanel qu’elle étalait sur ma peau douce de petite fille. L’eau déborde, brune, de toutes les rivières, je suis passée par là casse. je suis à Sélestat.

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Placer des mots /

Ce que je sais de toi.

Ce que tu donnes à voir.

Ce que je sais de toi c’est ce que tu donnes à voir. Dans un camaïeu de couleurs toujours sous-exposé. Trop de mots en forme de poire. Une pulpe matte un peu égratignée dans une boite noire qui s’ouvre trop peu souvent. Ce que je ne sais pas de toi, c’est ce qu’elle dit de toi, c’est ce que tu dis d’elle et qui ne me plait pas. Des mots qui se répètent sans cesse dans une écoute hermétique.  Ce que je vois de toi c’est ce que tu sais maintenant sur moi. C’est la technique du placement. Priorité ouverture t’ai-je demandé là-haut entre deux tombes, sous les hauteurs des yeux sacrés. Trois fois j’ai prié dans le silence. La source ininterrompue qui nous survivra. Je pourrais me marier avec toi ai-je dit.

Ce que je sais de moi.

C’est comment tu me vois.

Les désirs irréguliers 1 /

Il pleut sans nuages dans les rues silencieuses. Un grand arbre rose enroulé autours de mon cou, une hirondelle qui ne fait toujours pas le printemps s’en échappe. Je rêve à chaque pas des arabesques andalouses de mes bras ondulants, mon ventre à peine trop faible encore, les doigts écartés dans le bitume. Je vois ce vieil homme assis face au quai, l’eau effleurant de ses lèvres humides les cils et les reins de Strasbourg.

Entheos /

Les premières gouttes d’un orage sont les plus belles et les plus terribles. Chaque goutte qui arrive enfin sur la surface de la terre, de la peau est comme une manne s’éclatant en étoile,  se rejoignant l’une, l’autre pour former des ronds plus grands, puis des lignes qui filent et que l’on ne peut pas rattraper. Et lourdes et grises et sales et presque sèches au final. Le goudron tendu et gonflé éclate enfin sous leurs caresses dégageant son musc pétrolier avec une vigueur renouvelée. Le grès des murs de ma ville se fissure sous les chocs minuscules, se désaltérant en pleine sècheresse. Les lions se lèvent enfin de sous les tilleuls et avancent, encore abattus de chaleur, se joignant à la fête des agneaux extatiques. L’eau retournera loin charriant les poussières de l’Inde sauvage, pour l’instant elle ballade sa crécelle dans les rues vides, dans la cour où s’engouffre notre appartement la fenêtre ouverte, tu ouvres les yeux, tu te réveilles.

Lettre à Julien /

Tu viens de me laisser au travail. K est partie faire quelques courses. Je suis encore emplie de la force minérale de la cathédrale. Ça n’est pas si agréable. J’ai les jambes qui flageolent et le cœur gros. Une vague de mélancolie est venue petit à petit inonder ma roulotte comme le nénuphar de l’écume des jours. Je me sens en plein paradis des cailloux. Tu es là dans mon pays, mon chez moi et tu sembles triste, la tête autre part. Je m’en veux que tu ne sois pas plus heureux au moins pendant ces quelques jours.

J’ai cette impression d’amer regret de t’avoir toujours raté. J’aurais voulu que tu sois mon ami et nous sommes comme des boules de billard, semblables et incapables de se rapprocher. Ce soir tu vas partir et j’aurai le cœur encore plus gros, le manque de ne pas t’avoir serré dans mes bras, de ne pas avoir ri avec toi, peut être de ne pas avoir compris ce que tu avais à dire et que tu n’as pas dit, toute ta vie que tu tiens inlassablement secrète.

Je repense à cet été où tu m’as manqué si fort, où j’étais si démunie dans l’ombre solaire de N et de ma terre qui me nourrissait chaque jour un peu plus. Quand j’aurais voulu t’avoir avec nous sur ce plateau irréel des Vosges.

Je ne sais pas pourquoi nous n’arrivons pas à nous convaincre mutuellement de cette gentillesse qui nous caractérise, pourquoi je te vois si froid et indifférent et pourquoi tu me vois si compliquée et inaccessible. Oui, j’ai l’impression de t’avoir raté. Ça m’importait que tu saches qui je suis, que je suis ton amie, que je ne t’ai jamais voulu de mal même si j’ai été si maladroite. Tu t’es senti agressé et j’ai l’impression depuis, que tu t’ai buté même si tu me dis le contraire. Dommage. Tu me mets face à un échec, c’est difficile de faire avec.

J’espère que tu reviendras me voir, que tu me feras oublier la douleur que la Belgique m’a abandonnée et peut être que notre fort soleil alsacien de l’été éloignera le gris de ton regard.

Avec toute mon affection,