Lettre à mon amant /

A toi qui fut mon amant si peu de jours et pourtant trop il y a, ce qu’il me semble être une éternité, je te dis ceci :

Je me suis rendue ce matin au commissariat pour répondre des faits que tu me reproches, d’avoir jeté l’opprobre sur ta personne. Non seulement je ne suis pas l’auteure des mots qui t’ont agressés mais je suis juste atterrée, navrée, effondrée de voir que tu me prêtes ces actions. Que tu puisses croire que mon énergie qui me sert à créer, à écrire, à composer de la musique, à réaliser des films, à aimer les animaux, mes proches, ma famille, la nature, la vie je puisse la gâcher à « diffamer ».

Non tu ne me connais pas, car quiconque me connait a minima, saurait que c’est tout simplement aux antipodes de mon comportement, ce que j’avais à te dire je te l’ai écrit il y a bien longtemps et je t’ai rayé de ma vie. Je suis réputée pour mon franc-parler et mon honnêteté. J’ai mis du temps à m’en remettre, pas de ton charme irrésistible très relatif, mais du peu d’égard que tu as eu pour moi. Et non content de m’avoir manqué de respect en 2015, tu me traines dans la boue encore deux ans plus tard, causant de l’angoisse et du questionnement à mon compagnon, moi-même et mes proches.

Je te dirais qu’il n’y a pas de fumée sans feu, que comme on fait son lit on se couche etc. pourtant je te souhaite sincèrement de trouver un sens à ta vie, d’arrêter de médire et de maudire. Le plus lorsque l’on est croyante comme moi, c’est que l’on a une certaine notion de l’empathie, de la miséricorde. Arrête de haïr la vie, elle te le revaudra peut être.

J’espère ne plus jamais entendre parler de toi ni dans cette vie ni dans une autre.

A bon entendeur.

Caresse /

²

Oui j’ai eu du mal à lâcher le bleu pâle de cette nuit de pleine lune, parce que de toutes les fenêtres ouvertes, à part la soufflerie de cette clim sans arrêts, m’apaisait enfin un silence désiré tout le jour.

La nuit se savoure comme quelque chose de très personnel, de très solitaire, de fragile et d’éphémère.

Ah ça oui il y aura toujours les jours avec et les jours sans, mais aussi les nuits suspendues.

Ton frère /

Il a la peau livide et tannée des momies celtes de la Côte d’Or, l’œil brillant comme une bille de verre abîmée sur les trottoirs par les enfants combattifs. Il y a dans ces mots l’étincelle qui met le feu à la poudre mouillée. Ces gestes ont le goût de l’arrière pays pierreux et sec et ne relèvent plus depuis longtemps d’aucun code de bonne conduite.
Tu l’as précédé dans les sillons malaisés de toutes les cours. Tu es un brigand, c’est un ogre.

Préférer s’éloigner du feu /

Les frondaisons sont pâles et les peupliers se courbent sous le vent triste de l’Auvergne macabre.

Le ciel s’ouvre bien sûr, mais c’est loin vers la Côte d’Or. Là, les fenêtres ont toutes le reflet métallique des soleils noyés. La pluie secoue les wagons-citerne des trains de fret que je dépasse de gare en gare. Je regarde les bourrasques comme une série de gifles, les vents comme la poussière des déserts américains, la poudre que l’on ôte de son vêtement d’un geste sec de la main.

Et maintenant les Margots de pluie se déversent sur ma vitre comme la morve dégoutante des enfants pleureurs.

Les blés vibrants sont devenus glauques, moites, je me bat contre une violence sociale qui n’a pas lieu d’être et je tourne le dos à l’orage qui a immobilisé notre train sur la voie. Je met des kilomètres entre eux et moi et je reçois encore leurs messages merdiques qui me tirent comme les élastiques des jokaris vers cette situation écœurante que je fuis.

Les éclairs illuminent à intervalles réguliers les fenêtres du fond.