La fin /

Il est 3h27. Un claquement dans la tuyauterie comme une balle de fusil. Je viens de me réveiller. Je t’entend ronfler mollement. Je t’enjambe sans te réveiller pour aller pisser et boire un verre d’eau. Je passe devant la chambre de la petite. Si elle avait été là, m’aurais-tu laissé passer la nuit dans notre appartement ?

J’ai laissé le sac de Marguerite dans l’entrée mais il faudra que tu laves son K-Way, elle en a besoin pour la sortie du 26 et il ne fait pas si beau finalement.

J’ai viré toutes mes affaires, il ne reste plus rien de moi là et pourtant je sens encore mon parfum dans la salle de bain. Un espace où j’ai encore ma place où partir avec l’eau du bain. Tu as réorganisé la cuisine. Déjà. J’ai eu du mal à m’y retrouver, j’ai trouvé ça rapide, un peu ridicule si tu veux mon avis mais c’est peut-être mieux comme ça. Je bois un verre d’eau. L’eau a toujours eu bon goût dans cet appartement, notre fontaine, comme tu disais à Margot. J’ai vu ce soir comme elle te manquait, bien plus qu’à moi. Je me suis toujours sentie étrangère de ce rôle que tu tenais de toute façon très bien pour deux. Tu voulais un enfant. Tellement. Je crois qu’elle a tout remplacé, tout réparé en toi. Je n’existais que dans les fêlures hélas. Je suis contente d’avoir pu te donner ta fille.

Bravo, Stéphane et toi avez déglingué la chartreuse, quand ça ? Quand j’étais chez moi ? Il reste un fond, sans glaçon j’ai toujours détesté ça, c’est pas grave, je veux juste enlever le goût de ton sexe de ma bouche.

De retour près de toi je me sens sur toutes les parties de ton corps. Tu respires un peu trop lourdement et tu as cette odeur de notre dernière nuit d’amour sur toi. Je repense à toutes ces fois où on a baisé. La toute première fois, chez Anoush, désordonnés, riants, ivres, coincés dans des toilettes où on devait juste prendre une photo. La fois de Marguerite. Toutes ces fois partout, tout le temps, dans le soleil, puis plus. Je voudrais te réveiller et te le dire. Te dire combien mon odeur sur toi m’émeut encore aux larmes. Je regrette alors de ne plus t’avoir dans ma bouche.

Je te laisse dormir.

Je te laisse cette nuit.

De repenser à toutes celles où nous étions ensemble je me demande comment c’est arrivé. Comment ça s’est passé. Quand je n’ai plus réussi à t’aimer. Ton regard fixé sur le mur. Obtus. J’ai vraiment voulu te regarder tu sais. J’ai vraiment essayé. Je n’ai plus pu supporter que tu ne poses plus les yeux sur moi. Je t’avais dit un soir de printemps dehors « je veux juste ne pas être qu’un objet qui passe ». J’imagine que ces quelques années grattées devaient me consoler. Je me caresse en pensant à d’autres, tu as oublié comme le sexe entre nous était cosmique. Le désir, comme l’amour sont partis dans les eaux de mars.

Je pose la main doucement sur ton épaule découverte, elle est fraîche. Je voudrais te serrer fort dans mes bras à m’en péter les jointures. Ne plus te lâcher.

Je pose là le double des clefs et notre échec. On se débrouillera pour Marguerite. On fera au mieux. On se débrouillera.

/ Die Lumpenkönigin

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Jeudi 17 septembre 1981 5h36. La lumière du matin entre par la fenêtre de l’appartement vide de la Offenbachstrasse. Une petite boite aseptisée dans laquelle les gens du dehors soignent mes poumons malades. Je me noie. Je reste fragile et minuscule jusqu’au cœur de l’hiver dans ma petite boite fermée à la vie du dehors. La nuit allemande très longue, puissante.

Je remonte en glissant comme une patineuse avec mes collants le très long couloir de ton appartement guidée par la seule flamme frémissante d’une bougie exhumée. Faible autel pour notre amour.

Je respire l’air à ta bouche et mes poumons fragiles se calment.

Le sexe avide à l’arrière de ta bagnole pourrie sur le flanc ouest du mont sainte Odile. Faire l’amour en espérant le faire. Filer autre chose que des corps qui se rapprochent et s’éloignent. L’amour déraisonné et dont tu me refuses les lendemains.

Le goût des champignons que tu portes à ma bouche.

Je suis Matuya. Je suis la bohémienne des plaines de l’Est aux pieds sales, aux mains sèches. Mes cheveux de Dalila ne portent pas la force de Samson mais l’odeur âcre du Grand Rift. Je m’accroche à ces paysages lointains pour oublier que mon présent n’a pas d’horizon. Je n’ai plus d’espace où respirer.

Le goût des marrons que tu fourres dans ma bouche. Tes doigts terreux. Je suis une tasse ébréchée sur laquelle on n’a pas assez posé les lèvres. J’attends qu’on caresse ma douceur. Ma peur. Mais à l’extérieur, les gens ont des gestes cruels.

Je t’ai laissé comme un territoire en friche. Sur un trottoir mal éclairé.

La chaleur de mon corps n’avait pas encore déserté tes draps que tu la couchais dans les marques de ma douleur. Venu du fond de la nuit de l’Odyssée, les sentiments en partance. Venu de l’autre côté des montagnes, l’ombre de ma souffrance.

Que dit l’ombre affamée à la femme qui l’ignore ?

Chaque visage croisé à celui de l’absent en substance. C’était un jour de fête et la vapeur du thé déforme les volumes de la vie du dehors.

Tu m’as manqué. Tu m’as manqué dans mes bras. Dans mes draps. Tu m’as manqué dans mes mots. Je t’ai laissé comme une peau derrière moi. Comme on mue.

Je me pose tous les jours la question des limites de mon corps. La poussière qui s’y installe. Les espaces auxquels j’aspire. L’air que je respire. Ces appartements gigantesques où ne subsiste rien de moi. Je caresse des petits chats pour étendre le domaine de la lutte. La douceur de leur pelage m’apaise. Leur indépendance m’effraie. Car très vite ils repartent sans que je puisse les retenir et mon espace n’est plus qu’une peau de chagrin.

Alors.
C’est là que je rentre dans mon château de velours auprès de mon roi, moi la reine en haillons, pleine des scories du monde du dehors. Il ôte de mes doigts mes griffes de métal, mes fourrures de guerrière. Il me lave en silence au feu de son pardon.
Et je n’ai plus peur, parce qu’à l’intérieur, les gens ont des gestes tranquilles.

Dirt is Universe /

Fermer les fenêtres aux gestes du dehors. Peupler les murs des voix intérieures. Ne vouloir que rien les bousculent. Mon présent se retire. Dans les murs de mon dimanche, je joue avec les silhouettes et les mots du passé comme avec des cubes de bois. Mes constructions sont exemplaires.
.
J’ai finalement ouvert les fenêtres du dehors. Me vient une brise silencieuse. Douce comme ton haleine dans le creux de mes genoux.
.
C’est l’automne.

 

(titre de Chelsea Wolfe)

Venice january 2019 /

La nuit, se reflètent des incertitudes
que personne ne pense à relever.
Je suis rentrée me coucher
au milieu d’une nuit comme les autres.
Le bruit de mes talons remplaçant des mots
qui ne sont jamais venus.
Elle est trop belle pour moi.
Il est trop grand pour moi.
Il n’existe aucun espace où j’ai ma place.
Des murs sans miroirs.
J’ai perdu mon ombre.
Tu m’as repris mon reflet.
.

 

La consolation /

J’ai raté mon roman. J’ai raté ma maternité. Mes films avortés et pas qu’eux. J’ai raté mes nuits et le repos du guerrier. J’ai raté ma gloire et mes mots sans lecteurs. J’ai raté la beauté de la jeunesse que je n’ai jamais eu. J’ai raté l’amour de ma mère et des garçons de passage, ma jalousie. Je n’ai pas raté mon néant et ceux qui réussissent. J’ai raté mes larmes, je ne sais même plus à qui je les ai offertes. J’ai raté tous les desserts de tous les repas auxquels mes amis m’ont conviée. J’ai raté mon mariage. J’ai raté quelques histoires d’amour avec des garçons et des filles que je n’ai pas su accueillir, garder pour certains. J’ai raté cinq commissions du CNC. J’ai raté ma carrière de cheffe op et quelque peu celle de réalisatrice. J’ai raté le charisme que mes pensées semblaient porter. J’ai raté nos ruptures. J’ai raté ma première analyse. J’ai raté ma deuxième analyse. J’ai bon espoir pour la troisième. J’ai raté mes prétentions artistiques et celles de ma sœur. Devenir pianiste, devenir peintre, devenir harpiste et productrice. J’ai raté ma carrière d’éclusière et d’ermite. J’ai raté les mots dits, j’ai raté les silences. Je n’ai pas raté les mots cruels. J’ai raté des amitiés auxquelles je tiens encore. J’ai raté la sagesse et les mots jamais au-dessus des autres. La pluie qui tombe, les années qui passent et les régimes à la con. J’ai raté l’envie de réussir, ma santé et partir en laissant une trace.
.
Mais de ça je me console, parce que tu es là désormais.

doujorgelow

Moon /

moon

Il y a des lunes où il n’y a rien d’autres à faire que de hurler dans la nuit.
Lancer les chiens et sonner l’hallali de la fausse innocence et des faux amis.

Dans le brouhaha de la vénerie dépecer les silences, les serments de la ville.

J’arracherai des jarrets de ceux qui me piétinent, les serments de Judas.
Je lécherai mes pattes grises au goût métallique du sang de mon dernier repas.

Agneaux, prenez garde aux mâchoires acérées de la louve acculée.
Vos enfers sont délabrés, mais son territoire n’est pas votre royaume.

 

pendentif lune : Cleopatrasbling
tarot : aquarian deck

 

 

L’amour passe /

rueduciel

Je regarde les horizons décharnés
De tes certitudes arides.
L’étendue de mon cœur et de mon corps
N’est pas le désert des tartares.
Bien trop tard pour ton désir au rabais
Et ton sarcasme me fait rire.
Tu reprends les heures tues
Notre hier n’est plus à revoir.

Photo pour le concours #cieldesamours avec Eric Lefortson et Toner d’amour en « amour qui passe »