Dans les zones urbaines /

Une corneille a chassé une buse sur le faîte d’un bouleau.

Il est à la fois sublime et pathétique de voir avec quelle obstination la Nature se réveille chaque printemps.

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A l’intérieur des Terres /

Ils ne sont plus là. Ils nous ont quitté depuis longtemps. Leurs carcasses craquantes comme les icebergs érodés de Bering, ils dérivent maintenant. Sommes-nous issus de leur vêlage glacé ? J’ai amassé de mes yeux de mes pieds la poussière des lieux et l’ai déposé dans les mains transparentes de ma sœur. « Tiens la ligne !  » lui ai-je dit.
Jusqu’à la fin du jour je parcourrai la lande et les eaux froides, j’irai pleurer aux pieds de Njörd qu’il ouvre ses fourches et délivre les flammes. Seront-ils arrivés aux Champs-Élysées ?
Leur souffle court à nos oreilles fragiles, la caresse froide d’un linceul réutilisé, nous sommes les enfants effrayés. Les séries éthériques frappent des coups sourds dans les murs de sable. Les crucifix de façade ne nous servent plus à grand chose. Nous sommes les enfants effrayés. Il pleure, il gémit dans l’ombre palpitante de l’escalier. « Tiens la ligne! » lui ai-je dit. j’ai amassé de mes yeux, de mes mains la lumière des lieux autours de nos carcasses vibrantes. J’actionne l’interrupteur.

Ils ne sont plus là. Ils nous ont quitté depuis longtemps.

GHOSTSINVERMILLOU01Vincent Bousserez ©2016

texte sur la série Ghosts in Vermillou par Vincent Bousserez

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Qu’est ce que tu as ressenti quand tu étais en elle dans la salle de bain ? Qu’est ce que tu as ressenti quand elle dansait dans la cuisine au début, avant les jours opaques ? Qu’est ce que tu ressens quand tu es avec moi et que tu penses à elle ? C’est comment la douceur liquide de ses cheveux dans tes doigts ? Les rêves de demain ? Sa gouaille et ses pleurs ? Et sa jouissance perdue ? C’était comment ton œil dans l’objectif quand elle te regardait dans le pull en mohair ? Sa peau fine et les doigts ronds. C’était comment de croire au futur ? De s’approcher d’elle pour la première fois, de disparaitre dans ses yeux noisettes au moment où tes lèvres se sont posées sur les siennes. C’est comment d’avoir mal à cause d’elle ? C’est comment d’être serré dans mes bras et pourtant d’être loin, loin ?

Qu’est ce que tu as ressenti quand tu étais avec elle ?

Je peux te raconter comment c’est d’être seule dans ma tête la nuit quand je dors. Quand je marche seule dans l’avenue bordée d’arbres, quand je t’attend seule en te faisant à manger comme une pauvre Pénélope usée. Je peux te dire pourquoi je te demande d’éteindre la lumière parce que je crois que la jouissance mérite mieux que mon corps abimé. Ce que je ressens quand je danse dans ton salon après les jours opaques. Les rêves de demain qui ne sont que des mots de façade. Je peux t’avouer l’angoisse de la mise à nu quand tu me mets devant ton objectif et que mes yeux gris n’accrochent plus rien que le noir. Ma peau flétrie et mes doigts secs. Ce que j’ai ressenti quand je me suis approché de toi pour la première fois et que tu n’as pas fait un geste. Quand j’ai volé tes lèvres, rapidement, une nuit de baise comme les autres. Je peux te murmurer comment c’est d’avoir mal à cause d’elle. Les heures du matins où je hurle en silence, m’arrachant les côtes et à genoux, les offrir au lion d’Ishtar. Comment c’est de te serrer dans mes bras et pourtant d’être loin, loin.

Ce que je ressens quand je suis avec elle.