La rivière /

Il y a eu les heures sombres où les pas claquent et rien ne résonne. Il y a eu les Noëls silencieux, lourds dans la voiture refroidie. Il y a eu les heures claires des matins dans les constellations de Bruxelles, la tête en altitude, les yeux neufs qui s’ouvrent à plus ancien, à plus sensible. La pellicule dans mes doigts jeunes.

Était-ce lui ou un autre ?

Les pas ouatés sur la moquette rouge de l’olympe, des mots qui roulent un peu, un petit rire malin. Il y a eu les heures silencieuses des nuits de travail, découvrant trois couleurs, blanches. Un peigne bleu. Les nuits de sommeil avec le chat muet.

Était-ce lui ou un autre ?

Il y eu les heures extatiques et les heures de rage, de si petits yeux gris luttant tout le jour. Il y a eu les pleurs affamés dans l’eau de Jupiter. Il y a eu les cris et la fatigue. La joie sans cesse renouvelée des matins calmes. les mots de l’est qui éclatent comme des bulles dans les oreilles du petit garçon. La vie qui grandit.

Était-ce lui ou un autre ?

Il y a eu les heures d’ennui et les heures froides dans Paris perdue. Strasbourg les murailles hautes. Il y a eu les heures effacées, les jours sans cesse recommencés. Les films dépassés. Et puis un saut dans le temps, Varsovie. Les heures à venir. Un mot en papier qui saute les frontières en forme d’adieu qui s’ignore.

Était-ce lui ou un autre ?

Il est un autre, un ancien lui, un futur autre, un autre lui. Il y a eu les heures gracieuses dans la caravane froide, dans l’hiver plein de soleil. Il y a eu une révolution et hier est aujourd’hui. Il y a toujours les si petits yeux gris de Roman. La joie sans cesse renouvelée de Johanne dans le silence des matins calmes. C’était lui et nous. Jamais tout à fait les même comme avance une rivière.

en mémoire de Renaud

La nuit /

Il n’y a pas de lumière dans la pièce. Quelques miettes d’ombre qui se sont échapées du ciel dehors font voir la silhouette de quelques plantes mortes pendues comme des épouvantails.

Mais il n’y a pas de lumière.

C’est l’été dehors. Et la nuit tombe. Mais qu’est ce qu’elle en sait ? Peut être est ce le matin ou l’après midi. Peut être n’est elle plus à Rome, elle est peut être déjà au Portugal.

Mais elle le sait, elle le ressent,

Le rythme de la nuit, les sons qui s’éloignent.

Elle est encore à Rome. Elle connait la nuit,

Parce qu’elle l’a apprivoisée, les horaires, elle les connait.

La pièce est petite et l’odeur amère des fruits en train de pourrir se tient cachée dans les murs. Mais ça sent bon. Ça sent la liberté de se détruire. la liberté de mourir.

Laisse moi partir.

Les menottes aux poignets.

Elle peut à peine bouger ses épaules et la sensation qu’il y a des lames sur la chaise, que le fer tiède mouillé de sa sueur est en fait des lames de rasoirs mouillées par son sang.

L’air colle. Il fait trop chaud pour respirer et la culotte qui enserre ses jambes et sa valeur est trempée de sa transpiration.

Laisse moi partir.

Le tissu des bandages qui couvraient les blessures graves qu’elle a subie à commencé hier à se dénouer.

Elle se rappelle. Elle avait sept ans, quand elle a senti cette douleur.

Les abeilles dans le jardin de sa grand-mère.

Laisse moi partir.

Ça y est elle se dit. Coincée dans la rue, c’est la cire jaune qui coule, pas le sang rouge.

Mais elle se souvient du panneau si ironique qu’elle a vu juste avant de partir.

« Vous n’êtes pas une marchandise. »

Elle ferme les yeux.

Elle le sait. Elle l’a apprivoisée, la nuit.

écrit lors d’un exercice d’écriture théâtrale en 2001. Thème et contrainte : une femme, une chaise, la nuit. Deux heures pour écrire, mettre en scène et jouer.

Les identitées remarquables I /

Qu’est ce qu’on fait, on se parle et on ne se dit rien. On boit du thé, on fait semblant de ne pas voir qu’on s’ennuie. On fait l’amour parce que ça meuble. J’essaie de toute mes forces de me projeter, j’essaie le prénom de mes hypothétiques enfants avec son nom, je m’invente une nouvelle signature pendant que je paie aux grands magasins. Et je me rassure, horrifiée, en constatant sans mots dire que son désintérêt est tel que je n’aurai jamais à lui avouer le mien. Cela constitue l’excuse sociale que je donne comme réponse pour éviter de dire qu’il m’est impossible d’imaginer quelqu’un d’autre que Lui. Pourtant je lui cuisine des tartes, je lui fais des cadeaux pour agrandir ma présence chez lui, aggrandir l’accroc dans le vêtement. Et faire semblant. Qu’est ce qu’on fait. On boit du thé et on ne se parle même plus. Je pense à ses enfants.

Lettre à K /

An another night whithout sleeping. Another night going to bed at midnight, hoping falling asleep. Another night taking pills, be sick, can’t fall asleep, read compulsively « Just Kids » from Patti Smith. Another night telling myself i’m a loser, a loner. I’m so old and so far from what i wanted when I was in my youth. How confident in life I was, with an immensity of possible in the head, in my hands.

I’m in a long dark corridor except that when you’re alive there is no fucking white light at the end, just the same shit, same days rolling on your tired eyes.

I’m in a huge decluttering process of my house, and still feel disgusted by my stuff, like, it’s not mine anymore. I’d like to just have my red bag and go in Warsaw, in Lisboa, spending days reading, listening to Joanna Newsom, eating bread and radish.

But i spent a craziness amount of money, i need to work again, again selling shit to morons. Watching in silence Justine drawing 8hours per day, failing at attempting crappy contemporary art contests, trying again, scrapping her eyes with the sunlike bulb i offered her for drawing in the night.

Failure, loneliness tear my heart apart. I feel dizzy of sadness, unable to pick up my phone and try a last time to find a proper job i love.

It’s crazy how much in love i can be with A, how much i suffer from not just wake up in the morning, open my email box and find email from him. Each morning, the same disapointment even if i’m totally aware i’ll never will have some again. So i avoid to sleep, glutoning crappy sweet, greasy food with my earplugs most of the time in my ears. I just can’t bear world’s sounds. I could kill each person i met in the street, all of their poorness, their ignorance, their lack of sensitivity. Sod off my so called friends.

V is coming to visit me next week as he’s travelling in Germany. I just want to fuck during three days, be fullfilling with sex, overwhelmed, to be out of this craving of affection with someone i’m not in love with. To get away my abyssal asexual love for A. Faint to be happy at parties and not drinking too much champagne. Not drinking too much at all.

Forget that most of the time it’s dark, outside, in my house, that sun will hide during 5months from now.

I remember this woman who died last week in a shop close to the one I worked in this summer, falling of the stairs while looking for a coat for a customer.

How long it is to built a life, to be married, to have kids, and then you die for a fucking coat. You die for 200€ on a wenesday afternoon.

When I was 16 I thought I’d be married and have kids at 30, having done few movies and be happy. At 20 I accepted that I’ll never have a family, I made this pact that I dedicated my life to art, it was a hard decision, the hardest of my life.  Now I’m looking at my newborn wrinckles on my face, being totally freaked up by this, like « no ! not now, not yet ! » scaring to reach my 35 as it’s too close for my 40.

Why there is a woman on this earth able to come home each evening and finding A and her three amazing kids (trust me I never saw kids as beautiful as them !!) spending holidays in a big family house on the belgian coast, under the sun, and the plum trees and kids and friends laughing. Why is she so lucky and why am I still alone ? why each time I spend time to dress well, put some make up, get my hair ready, go to a bar and no one is looking at me ? like…no one. Why am I walking in the street and being so invisible that people constantly run into me ? why A already forgot me.

Shall I mention that I spend almost all the autumn in an uninextinguible tiredness ? sleeping 12, 13 hours per night, wanting to die at the second Justine is quitting the flat to do stuff outside. I just craving as death for change. I want to see you.

La marée /

Plus les jours passent plus mon amorosité m’épuise et m’attriste. Une lente mélancolie qui s’étale. Il me manque. Trois mots simples. Je voudrais juste pouvoir lui parler, le voir, exister dans sa vie, ne pas juste être un souvenir qui s’oublie. S’accrocher. Se restreindre. Tendre. Claquer comme un élastique qui ne va pas assez loin. Vouloir courir. Rester immobile. Vouloir tendre le bras. Le bras ne bouge pas. Dérouler cet espace prétendument « Happy place ». My life off the mat is ? Je cherche des signes dans sa date de naissance, son adresse, son numéro de téléphone. Les signes s’embrouillent. Il n’y a rien à lire. Les trains m’ont éloignés de lui, traversant encore une fois les paysages sans frontières qu’on ne regarde pas, le regard vrillé sur le point de départ. S’est créé un long corridor traversant les vallées, ses montagnes, les miennes, un long corridor créé par mon regard obstinément pointé vers lui et qui ne lâche pas. Les yeux rougis qui ne cillent pas. On me tapote l’épaule, on me tire en arrière par le bras, mon regard est toujours là-bas, harponné.

Alors ma vie me revient et va comme un ressac d’hiver. A l’aveugle je fais le nécessaire, pas plus. Les mains se fatiguent, les ongles se cyanosent de froid. le ressac me ramène chaque matin des coquillages diaphanes et mat. Je les collectionne en espérant avoir une étincelle de temps, une étincelle de tes yeux pour te les montrer. Te montrer que la vie va et vient, si pas de toi à moi, les trains continuent pourtant à en faire le chemin. Il faudrait juste monter à bord. Je tend le bras. Le bras ne bouge pas.