Caresse /

²

Oui j’ai eu du mal à lâcher le bleu pâle de cette nuit de pleine lune, parce que de toutes les fenêtres ouvertes, à part la soufflerie de cette clim sans arrêts, m’apaisait enfin un silence désiré tout le jour.

La nuit se savoure comme quelque chose de très personnel, de très solitaire, de fragile et d’éphémère.

Ah ça oui il y aura toujours les jours avec et les jours sans, mais aussi les nuits suspendues.

Ton frère /

Il a la peau livide et tannée des momies celtes de la Côte d’Or, l’œil brillant comme une bille de verre abîmée sur les trottoirs par les enfants combattifs. Il y a dans ces mots l’étincelle qui met le feu à la poudre mouillée. Ces gestes ont le goût de l’arrière pays pierreux et sec et ne relèvent plus depuis longtemps d’aucun code de bonne conduite.
Tu l’as précédé dans les sillons malaisés de toutes les cours. Tu es un brigand, c’est un ogre.

Préférer s’éloigner du feu /

Les frondaisons sont pâles et les peupliers se courbent sous le vent triste de l’Auvergne macabre.

Le ciel s’ouvre bien sûr, mais c’est loin vers la Côte d’Or. Là, les fenêtres ont toutes le reflet métallique des soleils noyés. La pluie secoue les wagons-citerne des trains de fret que je dépasse de gare en gare. Je regarde les bourrasques comme une série de gifles, les vents comme la poussière des déserts américains, la poudre que l’on ôte de son vêtement d’un geste sec de la main.

Et maintenant les Margots de pluie se déversent sur ma vitre comme la morve dégoutante des enfants pleureurs.

Les blés vibrants sont devenus glauques, moites, je me bat contre une violence sociale qui n’a pas lieu d’être et je tourne le dos à l’orage qui a immobilisé notre train sur la voie. Je met des kilomètres entre eux et moi et je reçois encore leurs messages merdiques qui me tirent comme les élastiques des jokaris vers cette situation écœurante que je fuis.

Les éclairs illuminent à intervalles réguliers les fenêtres du fond.

A l’intérieur les gens ont des gestes tranquilles /

Il est là. Près de moi tu sais. Il est là. Dans les murs. Il est seize heures vingt au clocher de Neauphle. Les feuilles frissonnent d’un vent tranquille. il y a des nénuphars dans ta mare, dans la mare de Jeanne. Sont-ils les même que dans les eaux limoneuses du Mékong ?

La glycine est encore en fleurs alors que nous sommes en septembre. Il y a un grillage qui enferme ton fils, qui me tient en dehors de toi. Tu es là. Près de moi, tu sais. Dans les murs. Dans mes mots.

La déchirure /

Ça m’a fait l’effet d’une petite peau sur le pouce qu’on ne peut s’empêcher de gratter, de détacher avec l’index, de gratter encore plus, d’étirer ce petit lambeau transparent qui n’a rien demandé à personne et qui finira par disparaitre, comme tout en somme.
Mais là c’est encore un petit bout de peau qui appartient à son corps, à un tout.
Ça m’a fait l’effet d’un petit bout de peau qu’on arrache, qui fait mal et qu’on continue de tirer en se demandant pourquoi.

Christmas /

Je marche sur les trottoirs miroirs
les bouches comme des cheminées avides
seule être insulaire
insulaire
insolente et solaire
la variété sociale créé mille et mille et encore toujours plus
fils gluants autours de moi, de ma gorge, de mes yeux
mes paumes sont chaudes et froides
et ces étincelles écarlates et factices
abîment mes yeux fragiles et secs.
Au plus profond de la nuit
au jour le plus court de son solstice oublié
ces étincelles se diluent sales et embourbées dans les bouches d’égout
insolentes et avides
à Noël, toujours pareil, le corbeau gigantesque se repait des cœurs fatigués
l’entaille est plus grande et mes dents saignent
ma bouche dégoûtée.
La phrase est aigre et perdue, déjà dite elle est inscrite
déjà pensé, elle est maudite
les chats noirs s’endorment épuisés
les mains, comme le cœur, manquent tous les jours.