/ Die Lumpenkönigin

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Jeudi 17 septembre 1981 5h36. La lumière du matin entre par la fenêtre de l’appartement vide de la Offenbachstrasse. Une petite boite aseptisée dans laquelle les gens du dehors soignent mes poumons malades. Je me noie. Je reste fragile et minuscule jusqu’au cœur de l’hiver dans ma petite boite fermée à la vie du dehors. La nuit allemande très longue, puissante.

Je remonte en glissant comme une patineuse avec mes collants le très long couloir de ton appartement guidée par la seule flamme frémissante d’une bougie exhumée. Faible autel pour notre amour.

Je respire l’air à ta bouche et mes poumons fragiles se calment.

Le sexe avide à l’arrière de ta bagnole pourrie sur le flanc ouest du mont sainte Odile. Faire l’amour en espérant le faire. Filer autre chose que des corps qui se rapprochent et s’éloignent. L’amour déraisonné et dont tu me refuses les lendemains.

Le goût des champignons que tu portes à ma bouche.

Je suis Matuya. Je suis la bohémienne des plaines de l’Est aux pieds sales, aux mains sèches. Mes cheveux de Dalila ne portent pas la force de Samson mais l’odeur âcre du Grand Rift. Je m’accroche à ces paysages lointains pour oublier que mon présent n’a pas d’horizon. Je n’ai plus d’espace où respirer.

Le goût des marrons que tu fourres dans ma bouche. Tes doigts terreux. Je suis une tasse ébréchée sur laquelle on n’a pas assez posé les lèvres. J’attends qu’on caresse ma douceur. Ma peur. Mais à l’extérieur, les gens ont des gestes cruels.

Je t’ai laissé comme un territoire en friche. Sur un trottoir mal éclairé.

La chaleur de mon corps n’avait pas encore déserté tes draps que tu la couchais dans les marques de ma douleur. Venu du fond de la nuit de l’Odyssée, les sentiments en partance. Venu de l’autre côté des montagnes, l’ombre de ma souffrance.

Que dit l’ombre affamée à la femme qui l’ignore ?

Chaque visage croisé à celui de l’absent en substance. C’était un jour de fête et la vapeur du thé déforme les volumes de la vie du dehors.

Tu m’as manqué. Tu m’as manqué dans mes bras. Dans mes draps. Tu m’as manqué dans mes mots. Je t’ai laissé comme une peau derrière moi. Comme on mue.

Je me pose tous les jours la question des limites de mon corps. La poussière qui s’y installe. Les espaces auxquels j’aspire. L’air que je respire. Ces appartements gigantesques où ne subsiste rien de moi. Je caresse des petits chats pour étendre le domaine de la lutte. La douceur de leur pelage m’apaise. Leur indépendance m’effraie. Car très vite ils repartent sans que je puisse les retenir et mon espace n’est plus qu’une peau de chagrin.

Alors.
C’est là que je rentre dans mon château de velours auprès de mon roi, moi la reine en haillons, pleine des scories du monde du dehors. Il ôte de mes doigts mes griffes de métal, mes fourrures de guerrière. Il me lave en silence au feu de son pardon.
Et je n’ai plus peur, parce qu’à l’intérieur, les gens ont des gestes tranquilles.

Moon /

moon

Il y a des lunes où il n’y a rien d’autres à faire que de hurler dans la nuit.
Lancer les chiens et sonner l’hallali de la fausse innocence et des faux amis.

Dans le brouhaha de la vénerie dépecer les silences, les serments de la ville.

J’arracherai des jarrets de ceux qui me piétinent, les serments de Judas.
Je lécherai mes pattes grises au goût métallique du sang de mon dernier repas.

Agneaux, prenez garde aux mâchoires acérées de la louve acculée.
Vos enfers sont délabrés, mais son territoire n’est pas votre royaume.

 

pendentif lune : Cleopatrasbling
tarot : aquarian deck

 

 

L’amour passe /

rueduciel

Je regarde les horizons décharnés
De tes certitudes arides.
L’étendue de mon cœur et de mon corps
N’est pas le désert des tartares.
Bien trop tard pour ton désir au rabais
Et ton sarcasme me fait rire.
Tu reprends les heures tues
Notre hier n’est plus à revoir.

Photo pour le concours #cieldesamours avec Eric Lefortson et Toner d’amour en « amour qui passe »

Avant l’orage /

Des perles d’eau bien rondes roulent avec fracas
Sur la plaque encore brulante que tu viens tout juste d’éteindre
Elles crépitent en de petites explosions humides
Et viennent embuer les fenêtres de notre cuisine
Le soleil coule à présent sur les vitres où nous posons nos mains,
Oubliant la glace des hivers auxquels nous avons survécus.

Le soleil est devant moi.

Les fenêtres se ferment dans un bâillement moite,
Les appartements japonais de l’immeuble thé vert de la rue du pressoir
Disparaissent dans une brume vespérale
Et la jungle délirante d’un carrefour émancipé
Exhale ses parfums d’aldéhyde et de bitume.

Les filles balancent leurs ventres sur pilotis
Suivant la cadence d’une galère millénaire
Leurs larmes n’adhèrent plus à la surface lisse de leurs cuisses désabusées
Non, il n’y a plus de traces sur les routes qu’elles empruntent.

Les boucles de mes cheveux lasses de rebondir et alourdies de chaleur
Se sont laissé choir le long de mon cou
Que tes lèvres n’approchent plus depuis le début des hostilités.

Je regarde les rideaux effacés voler mollement dans les pales du ventilateur
Je n’essaie plus d’y voir les frimas sylvestres
Et la touffeur indonésienne des forêts de la Seine et Oise
Remplit la canopée d’un espace oublié d’oiseaux repus de lumière.

Nos gestes se délaient dans les caresses lointaines que nous nous offrons cordialement
Et rien ne vient perturber la transpiration qui satine ma peau
Et que le vent emmène et avec lui, les scories noires de mes nuits blanches.

Tu respires mal dans cet autre espace éloigné de moi
Tu me détournes le regard sur l’eau tranquille où je noie ma torpeur
La canicule nous vole les dernières sensations de ta peau sur la mienne.
C’est parti dans l’eau des douches et des rivières sans un mot.

Nous attendons l’orage

The color of warning, the taste of the escape

 

In the heart of darkness
The unextinguished light of life

The bright side of the forgetting mind in the midst colors of fall
Falling, everytime starting and ending in red and black

The other side of mind where datas enter the void full of the midsty colors of fall

Cloud of thoughts vanishing in the subsequent world of silence.
Forgiveness is not always the clue.