Mon amour amer /

Dans les nuits sèches des morts catalanes,
Le long de la crédence de la lune,
S’accrochent les étoiles laborieuses
De nos rêves croisés, fantasme solaire.

J’ai marché, lourde, dans les rues tétanisées de chaleur,
Les ondes mauresques adoucissant mon joug,
Multipliant les souks, les riads, tous ces lieux de moiteur,
Je joue d’une main faible, mon présent sans atout.

Des murs rêches de Rome, le vague à l’âme
Emprunte ses chemins, floutant les dunes
Issues d’une ville ouverte, merveilleuse,
De grains de sable, parsème mes chimères.

J’ai mis mes espérances à fondre sous le soleil de Satan,
De Lawrence et de l’Arabie Heureuse
Il ne reste qu’une carcasse d’acier dans les studios d’Antan,
Félicite toi, de mes vacances radieuses

Cinéma, tu es partout et nulle part où se pose mon regard.

Le combat contre l’effondrement /

Qu’est ce que je pourrais dire de mon passé ou de mon présent qui en vaille la peine

Je suis juste là maintenant.

J’ai souhaité conduire ma voiture vite ou au moins être ce genre de personne qui pourrait le faire

J’ai collectionné compulsivement les cailloux pour éviter le silence

Je suis juste là maintenant.

J’ai encré dans mon corps la personne que je suis et celle que j’aurais voulu être

Sans jamais réussir à faire coïncider les deux

J’ai cherché à rajouter sa clé en espérant qu’il viendrait me la déposer

Je me suis cogné à des murs de plus en plus proches et épais

J’ai oublié de chercher une porte

J’ai pensé au cerisier et à la robe blanche qui se sont éloignés inexorablement

Avec mon grand trou au milieu du corps

Je gloutonnais du mépris et je suis toujours tellement en colère

J’ai mis du vent dans mon savoir-vivre

J’ai mis de la force dans mes veines

J’ai mis de la liberté dans mes poings

J’ai mis des larmes de crocodile dans mon cœur

Comme tout le monde j’ai rêvé des fjords d’Islande, de cet ébéniste

J’ai laissé ces images s’éloigner parce que je pensais, comme tout le monde, ne pas les mériter

J’ai trainé ma putain d’ancre à droite de plus en plus lourde au fil des ans

Depuis longtemps, la boussole avait l’arme à gauche

Plus d’hortensias bleus, à genoux je relève mon regard vers le ciel

Le combat contre l’effondrement.

Maintenant je suis juste là.

Et toi tu me demandes maintenant pourquoi je n’ai pas fait ça mieux

Je te dirais

Qu’y a-t’il que je puisse retirer de mon passé ou de mon futur qui en vaille la peine

J’ai pris le temps de trop réfléchir, de perdre espoir, de pleurer mon enfant mort

De porter les branches de cerisiers et les papillons d’or et la clé qui dérangeait

En espérant quand même qu’il la récupère

J’ai joué ma vie dans des gargotes de pirates à Java

Je les ai tous essayé, j’ai pleurer pour que ça vienne à moi

Les murs toujours, juste au bout de mes ongles, j’ai arrêté de gratter

J’ai accepté qu’ils ne soient jamais là.

Six pieds sous terre

Maintenant je suis juste là.

J’ai l’éternité pour apprendre à aimer l’humanité à pardonner la déchéance

A me nourrir des anges

A en faire ma famille

A me dire que l’art qui au fond de mon malheur a été là peut servir à d’autre

Parce que moi maintenant je suis juste là, je n’ai plus besoin de lui ni de rien.

Six pieds sous terre mon gars

Et juste au paradis.

Pour Natacha V.