Far East, la diffusion /

En plus des mots, je fais des images, c’est par, en live, en streaming et en replay


Thérésa est une jeune femme française qui, à la mort de son père, part en Lettonie sur les traces de ses origines. Au bord de la mer elle rencontre Draugur, un adolescent en mal de compagnie. Va s’ensuivre un road movie qui va les conduire jusqu’aux confins de la Lettonie, au pays des coutumes ancestrales.

HD 19min, scope 2.39 / APR / mix 5.1

Production Sésame Films ©2015

image : Célia Wagenführer / Hervé Roesch
son : Cécile Enjalbal / Jérémie Vernerey
montage : Julien Ngo Trong
musique : The Wooden Wolf


diffusion far east

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Céleste /

La couleur de mon rouge à lèvres dans le reflet de la vitre du train a le souvenir de Cologne, de la petite combinaison verte ou bien rouge ou bleu ciel, je ne sais plus, que ma mère ou peut être Krista m’avait mise. j’étais maquillée en petit chat pour le carnaval, ça je m’en souviens. Les bonbons, les petits chocolats de glace, les mini bouteilles d’eau de Cologne 4711, mon premier parfum. La couleur de la terre d’hiver endormie entre Strasbourg et Sélestat a le souvenir des petits jours parisiens avec Maryem, les robes à falbalas de polyester fuchsia. les dimanches humides des villages de la forêt Noire, j’étais habillée en Pierrot, ma mère me maquillait, j’ai encore la sensation du blanc Chanel qu’elle étalait sur ma peau douce de petite fille. L’eau déborde, brune, de toutes les rivières, je suis passée par là casse. je suis à Sélestat.

Alone and forsaken /

Peut être qu’un jour il faudra que je te montre les autres photos.

Des victoires napoléoniennes j’ai gardé le goût de la défaite, les semaines qui s’étirent, l’ailleurs sans cesse regretté.

J’ai espéré reconstruire quelque chose de meilleur pour la vie, la notre, la sienne.
Nous sommes partis à l’est.

D’une autre victoire ou d’une autre défaite, d’un appel pudique autour d’un burger j’ai raccroché les jours opaques et je suis parti encore plus à l’est.

Je suis parti avec les repérages de Wenders. Les cadres en scope de road-movie que je n’ai fait qu’emprunter. Ces paysages sans frontières où l’on ne s’arrête pas. Et alors la frustration et les mots tus, les photos oubliées, la main qui se crispe sur le grip. Et alors les nuits où l’on vit autant que le jour. Les lignes courbes, les lignes droites, les lignes de fuite. Toujours. Accepter la loi de la route, celle qui avance, celle qui dévale, qui m’avale. J’ai taché de m’imprégner de l’ambiance et les moments étaient déjà vécus. On se dit que c’est pareil alors que c’est justement précisément différent. Parce que la lumière n’est jamais la même, parce qu’un pays désolé, parce que la dynamique des gens, parce que la dynamique des gars. On cherche à faire original et on se rend compte que la construction académique est suffisante, parce qu’elle a fait ses preuves ; privilégier le fond plutôt que la forme.

J’ai voulu ouvrir toujours plus large la focale des envies d’évasion, cette piste de décollage, cette route défoncée qui mène à la noyade. Et les prairies impraticables et les marais bondissants pleins des cadavres de ces gens que je ne photographie pas.

Vide.

J’ai couvert ma peau d’images arrachant la peau de mon père en la faisant valser dans les photos jaunies du grenier de ma mère. Je me suis couché nu dans les bruyères, j’ai marché seul dans des lieux qui semblent abandonnés comme un enfant en expédition.

Faire de la photographie c’est voir autre chose que ce qu’un moment donne à voir et donner à voir à son tour avec un peu de soi.

Je ne dis plus les mots, je ne sais plus les dire il paraît. Reste le silence en quatre tiers. Les filles lasses de Solovski à qui plus aucun gars ne parlent. Il y a les mots disparus de la bibliothèque, les restes de souffrance, il y a la lumière et l’ambiance et la texture du monde. La langue hermétique et les contours soyeux. Les satellites échoués.

J’ai mis les photos prises à la fin au début. J’ai encore le goût de l’extase dans les yeux. Les shots d’ambiance forte. La mer blanche m’a redonné naissance. J’y ai vu des femmes, j’y ai rencontré des hommes, des amis, un, moi, perdu et abandonné. Dans Carélie il y a care et lie celle qui prend soin de moi et celle que je laisse derrière moi.

Il y a les paysages sans frontières où l’on s’arrête.

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Texte d’accompagnement à la série Carélie de Eric Lefortson

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Lettre ouverte à Cyril Pedrosa /

juillet 2012

Ça a commencé il y a longtemps et il y a quelques jours à la bibliothèque municipale, celle du centre ville, près de chez moi. Je cherchais un bouquin de cuisine, je vois Autobio 2 sur le chariot des retours, je m’assieds, commence à lire et puis c’est trop drôle, je vais l’emprunter, le faire lire à mon copain, parce que bah…c’est vraiment trop nous. Je le lis une fois, deux fois. Je regarde ce que vous avez fait d’autre. Alors avant-hier, je retourne à la bibliothèque, toujours chercher des livres de cuisine, un film Bollywood, n’importe lequel, juste pour les couleurs. « La bibliothèque va bientôt fermer ses portes, merci de bien vouloir clôturer vos recherches et enregistrer vos documents ». Et merde, j’ai oublié. Je retourne aux BD. Merde, comment vous vous appelez déjà ? Je vous retrouve à la couverture. Moi je suis une visuelle.

Portugal.

Portugal c’est une mare boueuse de larmes inutiles qui restent coincée dans la poitrine. Vous ne le savez pas, mais Portugal pour moi c’est aussi Lettonie. C’est ma vie, mes questions et mes pas-de-réponse. La Lettonie j’en reviens. Il y a une semaine et demi. Depuis, mon sac, ma trousse de toilette ne sont pas défaits. La vaisselle pas faite. La feuille blanche. Le scénario je le tiens depuis quatre ans. Et entre temps, la crise, les réductions de budgets à la culture et surtout le silence. Le silence morbide du village de ma grand-mère, le silence à mes questions. Le silence de l’écriture. J’étais parti pour filmer. je n’ai jamais pu appuyer sur REC.

Alors Portugal posent des images. Sur le Portugal que j’aime tant. Des images d’hommes, de femmes mais d’hommes surtout. Je pense à mon grand-père, à mon père, à leur silence, à la mort qui a enterré tout ça. Les BD c’est le monde secret de mon père. Tellement indigne pour ma mère. Mais moi je ne peux m’en passer. Je les achète d’occas, je les vole quand j’ai vraiment plus de fric, c’est un monde libre et sans frontières de culture. Moi je suis une visuelle. Je ne sais plus lire. Je ne rêve plus qu’en images. Les vôtres m’aident au jour le jour en offrant une trame à celle, manquante de mon film, de mon histoire, au silence encore une fois, obtus que j’oppose à toutes questions. « Alors la Lettonie ? ». Que voulez vous que je vous dise ? Que je parle de ma tristesse à s’en arracher le cœur devant l’église fermée du village de ma grand-mère ce lundi pluvieux du 25 juin 2012 ? Alors je regarde les pages 71, 72, 73 de Portugal et je me sens moins seule et j’aime les couleurs de piscine. Je rajoute Portugal à ma liste de cadeau d’anniversaire avec le mortier en marbre de Ikea, le DVD de Restless.

Ce que je dis, ce que vous dites n’est pas original mais n’est pas sans importance. Des petites histoires on fait de grandes histoires. Mon producteur me l’a souvent répété avant de m’abandonner.

Je me demandais bien ce que j’allais faire de tout ça.

février 2016

Une  nouvelle productrice m’a adoptée. J’ai fait mon film, j’ai raconté la Lettonie. J’ai relu Portugal que j’ai eu pour mon anniversaire cet automne là, un an jour pour jour après sa sortie.  Je l’ai rangé dans ma bibliothèque.

Au solstice d’hiver sont sortis les Équinoxes. Elles m’accompagnent sur le chemin de la Corse, du prochain film, du côté droit de ma vie.

Merci à vous Cyril Pedrosa, au plaisir de vous rencontrer un jour.

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Cyril Pedrosa _ Portugal

Seuls la glace et le temps sont maîtres /

Dans le ronron sourd de ta voiture tu roules depuis deux heures déjà. J’ai vu les coyotes courir dans l’argent, turquoises comme l’eau qui coulent sur les fenêtres, sous les églises de pierres douces. Il y a du rose dans mon assiette, il y a du vide à la place de ma mère. En ces temps sombres, je ne vois plus le soleil se lever, il reste coincé comme un gibier traqué dans les cols et les crêtes. Nous l’avons laissé à la merci des contrebandiers, blanc et dur comme un bronze gigantesque. Je vois les dents montagneuses mâcher le ciel qui sursaute baisant le lac de sa bouche légère. Nous avons déroulé des routes le long du dos des ânes du grand frais aux alpages, dans des boites de conserves piquées d’aiguilles pour s’arrêter aux petits chevaux d’Italie. Le sol est immobile.