Les bords de mon cœur /

Une obscurité énorme et préçise

Les villes édentées

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Instamatic /

Des coquelicots dans les champs qui se lèvent très vite. Les lignes électriques qui veinent la plaine d’Alsace me remontent jusqu’à mon adolescence brumeuse, opaque et organique.

Je prend les ponts de biais, des cônes oranges de sécurité jalonnent la route à intervalles réguliers.

Où sont les cônes de ma vie ?

Station /

Quand je passe Pantin je sais que c’est trop tard. Je vais finir par passer pas loin de chez toi et je sais que c’est trop tard.

« Si ma gueule lui revient pas, que veux tu que je te dise ? »

Tu t’aime plus que tu ne pourrais m’aimer, c’est à ça que je sais qu’il est trop tard.

Je suis très fatiguée tout à coup en passant le Rancy / Villemomble alors ferme les yeux, je laisse tomber cette fois.

Placer des mots /

Ce que je sais de toi.

Ce que tu donnes à voir.

Ce que je sais de toi c’est ce que tu donnes à voir. Dans un camaïeu de couleurs toujours sous-exposé. Trop de mots en forme de poire. Une pulpe matte un peu égratignée dans une boite noire qui s’ouvre trop peu souvent. Ce que je ne sais pas de toi, c’est ce qu’elle dit de toi, c’est ce que tu dis d’elle et qui ne me plait pas. Des mots qui se répètent sans cesse dans une écoute hermétique.  Ce que je vois de toi c’est ce que tu sais maintenant sur moi. C’est la technique du placement. Priorité ouverture t’ai-je demandé là-haut entre deux tombes, sous les hauteurs des yeux sacrés. Trois fois j’ai prié dans le silence. La source ininterrompue qui nous survivra. Je pourrais me marier avec toi ai-je dit.

Ce que je sais de moi.

C’est comment tu me vois.

Nothing’s gonna hurt you baby /

Neighbours kids upstairs are awake, birds are singing in our Kiez. I wake up earlier than you, which is amazingly surprising. My feet are happy on the cool wooden floor. I prepare a huge cup of Earl Grey you especially bought for me. I sat in knickers on the floor, put Cigarets after sex’s vinyl I brought with me from France. Breathing out the outside. Feel the crisp of your white shirt you let on the old wood chair in the kitchen and I borrowed while waiting for the boiling water. Surrounding by your smell.

A melt of cold cigaret in your hair. Black coffee in your neck as a hint of perfume. The fresh water on your face when you return home. Metal cords on your fingers. A hint of blood cos you scrape you knee as a kid, hey « it’s only skin » I sang for you. The sun through the window, the odor of plants, from breathing Berlinen green. And the smell and the taste of salt, from your long walk in the city, forsaken, where you need to be afar off me. And the stones from the sea and the gold of the Rhine, and the water of my birth. And the smell of love, and the smell of sex, and the smell of hope and despair. The smell of my child’s dream, the smell of the kid we’ll never have and don’t miss cos you fullfilled me with achievement.

A melt of burned cigaret in your hand, scorching black coffee on your lip as i just turn my head and see you standing in the doorframe staring at me in silence. I smell the odor of your arms around me. I restart the vinyl.

Nothing’s gonna hurt you baby.

Vision d’ensemble /

J’ai la tête tournée vers un espace fictif. Face au miroir. J’ai appris ton appartenance à une autre disparue de moi. J’ai relu la correspondance unilatérale de Sacha et Jeanne. Combien cet homme me touchait, dans sa faiblesse, toi l’Ironie tu le disais « faible ». J’imagine les mots de Jeanne sous tes mots, la communion de vos deux âmes, « la fraicheur de ses dix neuf ans » dans votre arrogance solaire. Lune, je ne me fais que ton miroir. Sans toi on ne me voit pas.

Sur la mer, de l’écume glacée. les méduses échouées à intervalles réguliers forment de petites surfaces réfléchissantes sur la plage vide. Cette plage est si grande, si vide. Mon être ne suffit pas à la remplir. Je me dilue. Où es-tu ? Pourquoi cette nouvelle, là ce soir, à cette table, si loin de chez moi, aucune zone de repli, à découvert, je courbe l’échine sous les coups.