Caresse /

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Oui j’ai eu du mal à lâcher le bleu pâle de cette nuit de pleine lune, parce que de toutes les fenêtres ouvertes, à part la soufflerie de cette clim sans arrêts, m’apaisait enfin un silence désiré tout le jour.

La nuit se savoure comme quelque chose de très personnel, de très solitaire, de fragile et d’éphémère.

Ah ça oui il y aura toujours les jours avec et les jours sans, mais aussi les nuits suspendues.

Ton frère /

Il a la peau livide et tannée des momies celtes de la Côte d’Or, l’œil brillant comme une bille de verre abîmée sur les trottoirs par les enfants combattifs. Il y a dans ces mots l’étincelle qui met le feu à la poudre mouillée. Ces gestes ont le goût de l’arrière pays pierreux et sec et ne relèvent plus depuis longtemps d’aucun code de bonne conduite.
Tu l’as précédé dans les sillons malaisés de toutes les cours. Tu es un brigand, c’est un ogre.

Mon amour amer /

Dans les nuits sèches des morts catalanes,
Le long de la crédence de la lune,
S’accrochent les étoiles laborieuses
De nos rêves croisés, fantasme solaire.

J’ai marché, lourde, dans les rues tétanisées de chaleur,
Les ondes mauresques adoucissant mon joug,
Multipliant les souks, les riads, tous ces lieux de moiteur,
Je joue d’une main faible, mon présent sans atout.

Des murs rêches de Rome, le vague à l’âme
Emprunte ses chemins, floutant les dunes
Issues d’une ville ouverte, merveilleuse,
De grains de sable, parsème mes chimères.

J’ai mis mes espérances à fondre sous le soleil de Satan,
De Lawrence et de l’Arabie Heureuse
Il ne reste qu’une carcasse d’acier dans les studios d’Antan,
Félicite toi, de mes vacances radieuses

Cinéma, tu es partout et nulle part où se pose mon regard.