L.A.N /

Croire connaitre les gens

Être toujours étonné par leur lâcheté

Il ronde l’automne

Et les marrons brillants

Comblent les trous laissés

Par ces gens

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La déchirure /

Ça m’a fait l’effet d’une petite peau sur le pouce qu’on ne peut s’empêcher de gratter, de détacher avec l’index, de gratter encore plus, d’étirer ce petit lambeau transparent qui n’a rien demandé à personne et qui finira par disparaitre, comme tout en somme.
Mais là c’est encore un petit bout de peau qui appartient à son corps, à un tout.
Ça m’a fait l’effet d’un petit bout de peau qu’on arrache, qui fait mal et qu’on continue de tirer en se demandant pourquoi.

Territoire /

Je lave mes yeux gris d’orage aux larmes d’habitude, moi dont les yeux ont la couleur des sols en hiver, des cargos en friche, des villes abandonnées d’espoir.

Je fracasse de mes poings réunis les fissures qui s’agrandissent béantes et offertes comme ces femmes arrosées d’essence et qu’on laisse mourir par envoutement.

Serait-il possible de se taire dans ce visage vieilli et prendre le vent de face ? je caresse le sol de poussière, je n’attend plus et pourtant je peine à lâcher la corde qui brule mes paumes abusées.

« Traines tes pieds » disait-elle « Avances et courage ». « Traine tes pieds » disait-elle.

Je lave mes yeux de la poussière de toi et le sol de nos racines et le sol de ma terre, le sol de ma mère et de nos envies d’amour et je lave ma bouche du désir et je lave mes seins de tes mains et je traine ma chevelure mitée et je fracasse mes oreilles dans la musique bourrasquante et je lave mes yeux et je lave mes mains et je lave mon cœur, mes mains. Je plonge dans l’abîme et j’accepte de courber mes poignets cassés et mon visage.

Il y a  des choses que je voudrais te dire mais tu as comblé tes silences dans des monologues hermétiques où je n’ai plus ma place. Tu m’as regardé, puis tu as regardé plus loin, derrière mon épaule.

Il n’y a plus rien.

Nous nous endormons comme un couple fané, on se toise comme un couple en crise. Tu as oublié que l’art est avant tout un acte qui vient de l’intérieur.

Aime moi. Aime moi.

Pour Natacha W.

Lâcher prise, ça n’est pas laisser faire /

Je t’ai quitté il y a peu. Ou plutôt tu es parti dans me dire au revoir. Je suis venue à une soirée où tu voulais que je sois sans que je comprenne pourquoi et après l’avoir vécu je comprend encore moins.

J’ai reçu un message de Julien. Il parait qu’il m’aime, qu’il ne me demande rien, qu’il me demande pardon. Et moi je lui répond que je ne suis pas libre. Et c’est en pensant à l’homme qui est parti sans me dire au revoir que j’ai raccroché précipitamment, parce que je voulais, moi, te dire au revoir.

Nous allons passer l’été sans nous voir et je garde l’image de celui qui m’a laissé seule sur le trottoir.

J’ai relu tous les échanges de messages depuis le neuf où tu t’es excusé _une fois n’est pas coutume. Du gâchis, de l’incompréhension. Une immense et profonde colère enfantine, une colère qui ne passe plus que par les larmes. Un profond sentiment d’injustice. J’ai souvent été entourée dans ma vie de personnes arrogantes incapables de se remettre en question. Je voudrais bien pouvoir dire c’est pas grave, je m’en fous. La vérité c’est que ça me fait mal à chaque fois.

Je t’en veux. Je ne t’ai jamais autant haï que maintenant et pourtant je pensais qu’on avait touché le fond.

J’ai acheté ce carnet il y a quelques jours. Je t’avais vu, tu avais ri en ma présence. Tu as dormi dans mes bras, j’allais te revoir. Il y avait un grand soleil con, je suis allé courir le cœur haut flottant dans les feuilles. Et le soir je t’ai vu avec tes clark’s de prof, un jean, une chemise blanche, ta cravate mal nouée et un petit pull tout simple, celui sur lequel je dors quand on prend la voiture pour aller en forêt. Je me suis sentie spéciale.

C’était il y a mille ans.

J’estime avoir fait un sans faute. Je me suis bien battue, j’ai ma conscience pour moi, la colère et la tristesse passeront. C’est fini. C’est tout.