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Qu’est ce que tu as ressenti quand tu étais en elle dans la salle de bain ? Qu’est ce que tu as ressenti quand elle dansait dans la cuisine au début, avant les jours opaques ? Qu’est ce que tu ressens quand tu es avec moi et que tu penses à elle ? C’est comment la douceur liquide de ses cheveux dans tes doigts ? Les rêves de demain ? Sa gouaille et ses pleurs ? Et sa jouissance perdue ? C’était comment ton œil dans l’objectif quand elle te regardait dans le pull en mohair ? Sa peau fine et les doigts ronds. C’était comment de croire au futur ? De s’approcher d’elle pour la première fois, de disparaitre dans ses yeux noisettes au moment où tes lèvres se sont posées sur les siennes. C’est comment d’avoir mal à cause d’elle ? C’est comment d’être serré dans mes bras et pourtant d’être loin, loin ?

Qu’est ce que tu as ressenti quand tu étais avec elle ?

Je peux te raconter comment c’est d’être seule dans ma tête la nuit quand je dors. Quand je marche seule dans l’avenue bordée d’arbres, quand je t’attend seule en te faisant à manger comme une pauvre Pénélope usée. Je peux te dire pourquoi je te demande d’éteindre la lumière parce que je crois que la jouissance mérite mieux que mon corps abimé. Ce que je ressens quand je danse dans ton salon après les jours opaques. Les rêves de demain qui ne sont que des mots de façade. Je peux t’avouer l’angoisse de la mise à nu quand tu me mets devant ton objectif et que mes yeux gris n’accrochent plus rien que le noir. Ma peau flétrie et mes doigts secs. Ce que j’ai ressenti quand je me suis approché de toi pour la première fois et que tu n’as pas fait un geste. Quand j’ai volé tes lèvres, rapidement, une nuit de baise comme les autres. Je peux te murmurer comment c’est d’avoir mal à cause d’elle. Les heures du matins où je hurle en silence, m’arrachant les côtes et à genoux, les offrir au lion d’Ishtar. Comment c’est de te serrer dans mes bras et pourtant d’être loin, loin.

Ce que je ressens quand je suis avec elle.

Eklampsis /

J’ai beaucoup pensé à la jalousie ces derniers jours. La jalousie à la couleur mordorée du schorle de rhubarbe que je bois là en plein soleil. L’envie m’a donné le manque des matins et des soirs de neige dans Paris fermée.

Clara était jalouse bien sûr. Mais tu l’étais plus encore. Et je n’ai jamais compris comment tu pouvais être jaloux à mon sujet.

J’enrage du manque des matins et des soirs de neige.

J’enrage de savoir que tu les passes avec d’autre, ou pire encore, seul. Tu m’as offert trois jours sublimes et là sur cette pelouse musicale tu m’as annoncé que tu retournais rue Keyenweld avec Clara.

« Tu vois, ça fait pas si mal » alors que j’avais le ventre broyé et les mains enfoncées dans la terre. Alors que je voulais agripper de toute mes forces tes boucles châtains et les arracher à t’en ouvrir le crâne.

Mais toujours le vide derrière tes yeux noisettes. Je voudrais les crever mais mes mains restent enfoncées dans la terre.

Je suis en Allemagne là. Le soleil pique ma peau de mille aiguilles plantées dans ma paire de jeans trop chaude pour la saison. Le schorle perd ses bulles.

L’envie a fait place à la haine. Une haine froide, fermée comme la neige dans Paris que tu m’as refusée.

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jalousies

(…) Je me suis endormi comme une masse, abruti de vin. On aurait dit que je fêtais une libération. Le ciel avait crevé, la neige s’était répandue partout. Paris tout blanc s’étalait derrière cette même fenêtre que je regarde à présent. Le lendemain à l’aube, au réveil, je me suis découvert d’énormes réservoirs de souffrance. J’ai arrêté de me nourrir, d’étudier. J’ai vagabondé dans la ville en psalmodiant son nom. Je me suis desséché.

(…) Si on réfléchit posément, on s’aperçoit que dans son principe la jalousie ne concerne pas un homme ou une femme qui serait nôtre et qu’un tiers nous prendrait, mais un rapport entre soi et cet homme ou cette femme. On se sent évincé, parce que, comme je l’ai déjà signalé, évincer signifie triompher de quelqu’un, et que dans le rapport amoureux, qui est toujours sous-tendu de rivalité, l’autre triomphe de nous en nous préférant un lieu qu’il trouve plus agréable.

(…) Faire l’amour en état de jalousie, dans la frénésie de la réconciliation, surpasse toutes les formes de tendresse. On s’unit avec l’autre et en même temps contre lui. On s’exalte d’être à ce point d’accord. Vous êtes d’une gratitude éperdue pour celle qui vous revient. Elle avoue sa tromperie sans un mot, vous prouvant qu’elle est fourbe mais qu’elle vous préfère, et c’est exquis.

(…)  » A vous aussi, il a fait le coup de sa première femme ? Écoutez, chacun possède son jardin secret, il se confie si peu, je ne risquerais pas ma tête sur un point aussi nébuleux. Qu’est-elle devenue, qu’a-t-il vraiment vécu avec elle, je l’ignore. Une partie de ce qu’il raconte, probablement. Ce qu’à fait votre conjoint dans une autre vie, bien naïf qui prétend le savoir. Connaissez-vous la personne qui dort avec vous, de qui vous exigez une fidélité absolue, dont vous croyez spontanément le discours, mais dont vous n’avez pas la moindre idée des pensées qui l’ont traversée durant le repas que vous venez de partager avec elle ? «