Lettre à J /

Hiver 2008

Tu vois, je regrettais déjà que tu partes s’en « t’entendre ». j’ai écouté ton cœur battre, ta main apaiser ma tête, en quelques minutes je me suis retrouvée dans une bienheureuse béatitude, douce, chaude, lisse. Depuis que tu es parti je me sens hyper-solaire et plus démunie que jamais. L’ouïe plus fine, le cœur au bord des yeux, les poumons déployés. Mon âme est encore engourdie. Tu m’as lavé de C. et des saletés, dépêtrée de _certains de_ mes boulets. Merci pour ton immense regard immense. Je ne comprendrais peut être jamais ce que ce regard veut dire mais qu’importe puisque mon cœur semble le comprendre sans en informer mon cerveau. Deux mille neuf, il y a tellement de jolis mots là dedans, sans toi je serais passé à côté.

Mille et un baisers

Que la Terre déverse sur toi la neige scintillante la plus douce pour tapisser ton chemin.

Eklampsis /

J’ai beaucoup pensé à la jalousie ces derniers jours. La jalousie à la couleur mordorée du schorle de rhubarbe que je bois là en plein soleil. L’envie m’a donné le manque des matins et des soirs de neige dans Paris fermée.

Clara était jalouse bien sûr. Mais tu l’étais plus encore. Et je n’ai jamais compris comment tu pouvais être jaloux à mon sujet.

J’enrage du manque des matins et des soirs de neige.

J’enrage de savoir que tu les passes avec d’autre, ou pire encore, seul. Tu m’as offert trois jours sublimes et là sur cette pelouse musicale tu m’as annoncé que tu retournais rue Keyenweld avec Clara.

« Tu vois, ça fait pas si mal » alors que j’avais le ventre broyé et les mains enfoncées dans la terre. Alors que je voulais agripper de toute mes forces tes boucles châtains et les arracher à t’en ouvrir le crâne.

Mais toujours le vide derrière tes yeux noisettes. Je voudrais les crever mais mes mains restent enfoncées dans la terre.

Je suis en Allemagne là. Le soleil pique ma peau de mille aiguilles plantées dans ma paire de jeans trop chaude pour la saison. Le schorle perd ses bulles.

L’envie a fait place à la haine. Une haine froide, fermée comme la neige dans Paris que tu m’as refusée.

La clé d’or /

Un beau dimanche. Un dimanche de film. Avec du soleil et plein d’amour. Place du jeu de balle avec Julien, on a glané de jolies choses et le soleil tapait fort dans sa toute petite jeunesse de début de printemps. On était à l’intérieur avec la fenêtre ouverte, presque dehors. Il y avait un vieux monsieur qui chantait, un autre qui jouait de l’accordéon. A la Clé d’Or. J’y ai croisé Cath, toute belle avec de petites tresses noires et sa dégaine de punk. On a cherché désespérément la petite boutique où on avait vu le chouette chapeau pour Jul. Dans un sens, dans l’autre, pas trouvé. En rentrant j’ai lavé mes nouvelles fringues et je me suis sentie dépassée par mon départ, comme si l’embrayage ne voulait pas. Élodie avait appelé à 10h puis à 14h pour qu’on se voit, André et même Matyas. C’était doux à mon oreille et le cœur qui se serre, et un temps de silence quand il m’annonce qu’il part quand je reviens et qu’il revient quand c’est moi qui doit partir.

Alors on fait semblant pour éviter de se dire adieu.