Céleste /

La couleur de mon rouge à lèvres dans le reflet de la vitre du train a le souvenir de Cologne, de la petite combinaison verte ou bien rouge ou bleu ciel, je ne sais plus, que ma mère ou peut être Krista m’avait mise. j’étais maquillée en petit chat pour le carnaval, ça je m’en souviens. Les bonbons, les petits chocolats de glace, les mini bouteilles d’eau de Cologne 4711, mon premier parfum. La couleur de la terre d’hiver endormie entre Strasbourg et Sélestat a le souvenir des petits jours parisiens avec Maryem, les robes à falbalas de polyester fuchsia. les dimanches humides des villages de la forêt Noire, j’étais habillée en Pierrot, ma mère me maquillait, j’ai encore la sensation du blanc Chanel qu’elle étalait sur ma peau douce de petite fille. L’eau déborde, brune, de toutes les rivières, je suis passée par là casse. je suis à Sélestat.

L’or du Rhin /

Tu as coulé le long du Rhin, de la ville de ma naissance au village de ma rue. Petite pépite d’or roulant au gré des remous, regardant avec envie les bateliers, les meneurs de caravanes, mes ancêtres de la Hanse. River boy m’as tu dit. Tes cheveux qui ont les reflets d’Apollinaire caressent le creux de mes reins, frissonnants d’un avenir à venir.

Et du bout de ton pouce que tu as ébréché sur ta basse, voulant me caresser le ventre comme celui des chats en confiance, tu m’a griffé, arrachant un minuscule bout de peau, comme une piqure brulante. Et du petit dénivelé mat de ma chair, sourd une goutte de sang et il perle puis coagule, et une autre arrive. Et finalement je dois m’éloigner de toi, comme de tous les autres. Je rentre sous terre. Earthy girl t’avais-je répondu.