Anorexia nervosa /

Ouvrir la porte et le mur du son. Mes amygdales fantômes ont souffert dans la foule, des craquelures descendent jusque dans les poumons. C’est juste le mur du son. Les mots luttent, s’agrippent pour rester à l’intérieur de moi comme un bébé ne voudrait pas me quitter. Mon ventre est vide et ma gorge saigne. La grâce s’éloigne le long des baies vitrées du café et ne m’a pas vu sortie. C’est juste le mur du son.

Fuel /

j’ai vu ma cour empaqueter le soleil, tendre entre trois fils froids les mots qui pleurent, les mots qui crient. Les larmes du lac. Je voudrais lécher mes yeux comme une tétine oubliée, les nettoyer de ce qu’il leur reste à voir. Fini les bougies fanées dans le bougeoir de septembre, les plantes grasses qui survivent adossées, fragiles, sur les baguettes chinoises, le raphia des dentelles. Anton joue sur le parquet gris, je croise ses yeux qui m’interroge de tout ce qui lui reste à voir. Il a beau être transparent, il a beau être silencieux, la musique nous assiège dans mes rêves froissés, dans mes draps sales, dans les collines du Puy de Dôme, dans les livres de Léa. Elle nous enroule dans les volutes du sucre de mon thé brulant. J’enlève mon pelage d’aigle, je le confie aux bras protecteurs de Boris. J’enlève la nouvelle balance de mes pieds, la hache et l’aime. Je reste protégée par le double vitrage. Je vois ma cour. J’allume notre pauvre chauffage surpassé par le soleil disparu. Je n’attendais qu’un mot, que tu me le dises simplement. Qu’il vienne dans la suite de la bière belge partagée, du café noir du matin, dans le tee shirt de ceux qui vont où les autres ne vont pas, dans la disparition de l’anglaise qui a quitté le continent. J’ai essayé de prendre le vent de face mais il n’y a pas de prise sur les courbes de mon corps, et mon âme est trop lourde pour ne serait-ce que suivre le courant. J’ai battu des bras et je suis restée honnête. D’un prisme tellurique est finalement tombée une poésie naturelle.

nahuatl cacahuatl /

Justine est partie ce matin à Obernai, je ne l’ai pas entendue mais j’ai senti l’odeur du café qui m’a presque réveillée. J’ai rêvé de lapineaux et de canetons à qui je donnais du lait concentré en pleine apocalypse. J’ai accepté de me lever à 13h30, encore un dimanche de gâché.

Comme j’ai du mal à me remettre de cette gueule de bois de fatigue, j’écoute le dernier album de Grimes et Dieu sait qu’il n’est pas bon, mais sa nouvelle bubble-pop me tient éveillée dans une presque ambiance chaleureuse.

Je sors deux rangées de chocolat noir, deux petits pots de compotes de pommes, une cuillère à soupe d’huile de pépin de raisin, deux cuillères à soupe de sucre complet, deux cuillères à soupe de graines de lin concassées, une demi cup de lait d’avoine. Je laisse poser. J’allume mon four pendant la dernière demi heure d’heure creuse, c’est toujours ça de pris, je pense à lui très fort, j’écris à Elle.

Je mélange deux cups de farine, une cup de farine d’avoine, une cuillère à café de poudre à lever sans phosphate, une cuillère à café de bicarbonate de soude, une pincée de sel.

J’incorpore le mélange sec au mélange humide pendant que je chante Realiti à tue-tête.

Une demi-heure à 180°, j’attends. Je ne comprend pas pourquoi les gens ont du mal à travailler avec moi alors que j’ai simplement du mal à vivre avec eux.

Welcome to my realiti.

Mon gâteau vegan au chocolat est cuit. Justine va rentrer d’Obernai. L’odeur du chocolat m’endort.

gateau

Les cercles concentriques /

Journée en nuances de gris avec Julien. Toute limace, pleine de gueule de bois. Rêvant d’autre chose. Il est mal à l’aise et ça m’épuise. C’est dur d’essayer de faire bonne figure alors que l’autre a peur de se prendre un coup. La matinée s’est passée, silencieuse, comme un ballet, de pièce en pièce, s’évitant. L’odeur de café pour m’écœurer. Parce que la vie du dehors semble moins pauvre que notre quotidien, je l’invite à s’évader de nos quatre murs. Les pieds raclent le gravier entourant les cognassiers de la prison. Descendre mécaniquement jusqu’aux Marolles.

Nous nous sommes arrêtés dans une de ces boutiques vintage que duplique la rue Blaes. L’espace d’un instant, entre le chapeau de Pete Doherty et le bonnet de Jean-Claude Dusse, j’ai imaginé quelle pourrait être notre vie future et ça ne m’a pas plu. Il tremble de m’avoir déçu à de trop nombreuses reprises. Mais c’est plutôt moi qui ai cru qu’il était ou qu’il pouvait devenir ce que je pensais qu’il est. Compliqué.

J’essaie d’intégrer l’idée des mondes multiples de Violaine et ça m’explique beaucoup de choses et je me dis qu’une fois n’est pas coutume, mon monde a de hautes barrières.

Alors juste apprendre et accepter qu’il existe d’autre mondes que le mien, qui s’interpénètrent et dont je ne fais pas partie.

Bali est – vallée de Sidemen /

Traverser les rivières. Les rizières, les pieds dans la boue, effrayant les serpents avec un bâton. Les tecks faméliques. Les femmes blanches, la tête croulante d’offrandes, le pas lent. Manger le fruit du caféier, un goût de gariguette et de cappuccino. Sucer le grain de café et garder longtemps le goût en bouche. Je l’ai mis de côté dans une poche pour Sophie, un tout petit grain de café vert tendre et presque transparent. Je l’ai perdu dans une rivière. Marcher des heures sous la chaleur accablante de la vallée encaissée sous ses hautes murailles, les pieds nus dans les rizières. La boue encore. J’ai gardé une feuille de giroflier dans mon moleskine que Erwin m’a donné. Nous traversâmes les rivières.