Eklampsis /

J’ai beaucoup pensé à la jalousie ces derniers jours. La jalousie à la couleur mordorée du schorle de rhubarbe que je bois là en plein soleil. L’envie m’a donné le manque des matins et des soirs de neige dans Paris fermée.

Clara était jalouse bien sûr. Mais tu l’étais plus encore. Et je n’ai jamais compris comment tu pouvais être jaloux à mon sujet.

J’enrage du manque des matins et des soirs de neige.

J’enrage de savoir que tu les passes avec d’autre, ou pire encore, seul. Tu m’as offert trois jours sublimes et là sur cette pelouse musicale tu m’as annoncé que tu retournais rue Keyenweld avec Clara.

« Tu vois, ça fait pas si mal » alors que j’avais le ventre broyé et les mains enfoncées dans la terre. Alors que je voulais agripper de toute mes forces tes boucles châtains et les arracher à t’en ouvrir le crâne.

Mais toujours le vide derrière tes yeux noisettes. Je voudrais les crever mais mes mains restent enfoncées dans la terre.

Je suis en Allemagne là. Le soleil pique ma peau de mille aiguilles plantées dans ma paire de jeans trop chaude pour la saison. Le schorle perd ses bulles.

L’envie a fait place à la haine. Une haine froide, fermée comme la neige dans Paris que tu m’as refusée.

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lettre à N /

29 septembre 2007,

Cris et chuchotements

Bonjour petit astronef,

Je me faufile au travers de mon crachin belgicain pour t’envoyer trois mots en forme de poire.

Ici l’installation se fait doucement, pour l’instant j’erre dans un appartement vide et je me raccroche à mes lambeaux strasbourgeois comme si ma vie en dépendait, des photos en fond d’écran, des fringues d’été qu’on a beau superposer, on a toujours froid. J’ai mangé une frite à frit land, mais elle était fade, elle n’avait pas le goût d’avant, le goût du pays. Alors j’écoute en boucle Joanna Newsom pour me rappeler combien nous sommes solitaires,  encore plus seuls perdus dans le pays de la pluie.

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lettre à A /

17 septembre 2007,

J’ai ajouté des éphémérides à ma lettre pour Christine la lointaine, l’amie du bout des trains, des rêves de partance. Je lui parle de mon amour, toi, ce drôle d’amour si neuf, si fragile comme un œuf de caille. Je pense à cet amour que nous ne ferons jamais, à cet amour que nous construisons à chaque mots maladroits, je pense à ton Amour et je lui souhaite de vivre encore longtemps et que vous soyez heureux et des cerisiers en fleurs que nous regarderons tous ensemble, les possibles et les moins probables.

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La clé d’or /

Un beau dimanche. Un dimanche de film. Avec du soleil et plein d’amour. Place du jeu de balle avec Julien, on a glané de jolies choses et le soleil tapait fort dans sa toute petite jeunesse de début de printemps. On était à l’intérieur avec la fenêtre ouverte, presque dehors. Il y avait un vieux monsieur qui chantait, un autre qui jouait de l’accordéon. A la Clé d’Or. J’y ai croisé Cath, toute belle avec de petites tresses noires et sa dégaine de punk. On a cherché désespérément la petite boutique où on avait vu le chouette chapeau pour Jul. Dans un sens, dans l’autre, pas trouvé. En rentrant j’ai lavé mes nouvelles fringues et je me suis sentie dépassée par mon départ, comme si l’embrayage ne voulait pas. Élodie avait appelé à 10h puis à 14h pour qu’on se voit, André et même Matyas. C’était doux à mon oreille et le cœur qui se serre, et un temps de silence quand il m’annonce qu’il part quand je reviens et qu’il revient quand c’est moi qui doit partir.

Alors on fait semblant pour éviter de se dire adieu.

Les cercles concentriques /

Journée en nuances de gris avec Julien. Toute limace, pleine de gueule de bois. Rêvant d’autre chose. Il est mal à l’aise et ça m’épuise. C’est dur d’essayer de faire bonne figure alors que l’autre a peur de se prendre un coup. La matinée s’est passée, silencieuse, comme un ballet, de pièce en pièce, s’évitant. L’odeur de café pour m’écœurer. Parce que la vie du dehors semble moins pauvre que notre quotidien, je l’invite à s’évader de nos quatre murs. Les pieds raclent le gravier entourant les cognassiers de la prison. Descendre mécaniquement jusqu’aux Marolles.

Nous nous sommes arrêtés dans une de ces boutiques vintage que duplique la rue Blaes. L’espace d’un instant, entre le chapeau de Pete Doherty et le bonnet de Jean-Claude Dusse, j’ai imaginé quelle pourrait être notre vie future et ça ne m’a pas plu. Il tremble de m’avoir déçu à de trop nombreuses reprises. Mais c’est plutôt moi qui ai cru qu’il était ou qu’il pouvait devenir ce que je pensais qu’il est. Compliqué.

J’essaie d’intégrer l’idée des mondes multiples de Violaine et ça m’explique beaucoup de choses et je me dis qu’une fois n’est pas coutume, mon monde a de hautes barrières.

Alors juste apprendre et accepter qu’il existe d’autre mondes que le mien, qui s’interpénètrent et dont je ne fais pas partie.