Vision d’ensemble /

J’ai la tête tournée vers un espace fictif. Face au miroir. J’ai appris ton appartenance à une autre disparue de moi. J’ai relu la correspondance unilatérale de Sacha et Jeanne. Combien cet homme me touchait, dans sa faiblesse, toi l’Ironie tu le disais « faible ». J’imagine les mots de Jeanne sous tes mots, la communion de vos deux âmes, « la fraicheur de ses dix neuf ans » dans votre arrogance solaire. Lune, je ne me fais que ton miroir. Sans toi on ne me voit pas.

Sur la mer, de l’écume glacée. les méduses échouées à intervalles réguliers forment de petites surfaces réfléchissantes sur la plage vide. Cette plage est si grande, si vide. Mon être ne suffit pas à la remplir. Je me dilue. Où es-tu ? Pourquoi cette nouvelle, là ce soir, à cette table, si loin de chez moi, aucune zone de repli, à découvert, je courbe l’échine sous les coups.

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Lettre à Julien /

Tu viens de me laisser au travail. K est partie faire quelques courses. Je suis encore emplie de la force minérale de la cathédrale. Ça n’est pas si agréable. J’ai les jambes qui flageolent et le cœur gros. Une vague de mélancolie est venue petit à petit inonder ma roulotte comme le nénuphar de l’écume des jours. Je me sens en plein paradis des cailloux. Tu es là dans mon pays, mon chez moi et tu sembles triste, la tête autre part. Je m’en veux que tu ne sois pas plus heureux au moins pendant ces quelques jours.

J’ai cette impression d’amer regret de t’avoir toujours raté. J’aurais voulu que tu sois mon ami et nous sommes comme des boules de billard, semblables et incapables de se rapprocher. Ce soir tu vas partir et j’aurai le cœur encore plus gros, le manque de ne pas t’avoir serré dans mes bras, de ne pas avoir ri avec toi, peut être de ne pas avoir compris ce que tu avais à dire et que tu n’as pas dit, toute ta vie que tu tiens inlassablement secrète.

Je repense à cet été où tu m’as manqué si fort, où j’étais si démunie dans l’ombre solaire de N et de ma terre qui me nourrissait chaque jour un peu plus. Quand j’aurais voulu t’avoir avec nous sur ce plateau irréel des Vosges.

Je ne sais pas pourquoi nous n’arrivons pas à nous convaincre mutuellement de cette gentillesse qui nous caractérise, pourquoi je te vois si froid et indifférent et pourquoi tu me vois si compliquée et inaccessible. Oui, j’ai l’impression de t’avoir raté. Ça m’importait que tu saches qui je suis, que je suis ton amie, que je ne t’ai jamais voulu de mal même si j’ai été si maladroite. Tu t’es senti agressé et j’ai l’impression depuis, que tu t’ai buté même si tu me dis le contraire. Dommage. Tu me mets face à un échec, c’est difficile de faire avec.

J’espère que tu reviendras me voir, que tu me feras oublier la douleur que la Belgique m’a abandonnée et peut être que notre fort soleil alsacien de l’été éloignera le gris de ton regard.

Avec toute mon affection,

La rivière /

Il y a eu les heures sombres où les pas claquent et rien ne résonne. Il y a eu les Noëls silencieux, lourds dans la voiture refroidie. Il y a eu les heures claires des matins dans les constellations de Bruxelles, la tête en altitude, les yeux neufs qui s’ouvrent à plus ancien, à plus sensible. La pellicule dans mes doigts jeunes.

Était-ce lui ou un autre ?

Les pas ouatés sur la moquette rouge de l’olympe, des mots qui roulent un peu, un petit rire malin. Il y a eu les heures silencieuses des nuits de travail, découvrant trois couleurs, blanches. Un peigne bleu. Les nuits de sommeil avec le chat muet.

Était-ce lui ou un autre ?

Il y eu les heures extatiques et les heures de rage, de si petits yeux gris luttant tout le jour. Il y a eu les pleurs affamés dans l’eau de Jupiter. Il y a eu les cris et la fatigue. La joie sans cesse renouvelée des matins calmes. les mots de l’est qui éclatent comme des bulles dans les oreilles du petit garçon. La vie qui grandit.

Était-ce lui ou un autre ?

Il y a eu les heures d’ennui et les heures froides dans Paris perdue. Strasbourg les murailles hautes. Il y a eu les heures effacées, les jours sans cesse recommencés. Les films dépassés. Et puis un saut dans le temps, Varsovie. Les heures à venir. Un mot en papier qui saute les frontières en forme d’adieu qui s’ignore.

Était-ce lui ou un autre ?

Il est un autre, un ancien lui, un futur autre, un autre lui. Il y a eu les heures gracieuses dans la caravane froide, dans l’hiver plein de soleil. Il y a eu une révolution et hier est aujourd’hui. Il y a toujours les si petits yeux gris de Roman. La joie sans cesse renouvelée de Johanne dans le silence des matins calmes. C’était lui et nous. Jamais tout à fait les même comme avance une rivière.

en mémoire de Renaud

Lettre à K /

An another night whithout sleeping. Another night going to bed at midnight, hoping falling asleep. Another night taking pills, be sick, can’t fall asleep, read compulsively « Just Kids » from Patti Smith. Another night telling myself i’m a loser, a loner. I’m so old and so far from what i wanted when I was in my youth. How confident in life I was, with an immensity of possible in the head, in my hands.

I’m in a long dark corridor except that when you’re alive there is no fucking white light at the end, just the same shit, same days rolling on your tired eyes.

I’m in a huge decluttering process of my house, and still feel disgusted by my stuff, like, it’s not mine anymore. I’d like to just have my red bag and go in Warsaw, in Lisboa, spending days reading, listening to Joanna Newsom, eating bread and radish.

But i spent a craziness amount of money, i need to work again, again selling shit to morons. Watching in silence Justine drawing 8hours per day, failing at attempting crappy contemporary art contests, trying again, scrapping her eyes with the sunlike bulb i offered her for drawing in the night.

Failure, loneliness tear my heart apart. I feel dizzy of sadness, unable to pick up my phone and try a last time to find a proper job i love.

It’s crazy how much in love i can be with A, how much i suffer from not just wake up in the morning, open my email box and find email from him. Each morning, the same disapointment even if i’m totally aware i’ll never will have some again. So i avoid to sleep, glutoning crappy sweet, greasy food with my earplugs most of the time in my ears. I just can’t bear world’s sounds. I could kill each person i met in the street, all of their poorness, their ignorance, their lack of sensitivity. Sod off my so called friends.

V is coming to visit me next week as he’s travelling in Germany. I just want to fuck during three days, be fullfilling with sex, overwhelmed, to be out of this craving of affection with someone i’m not in love with. To get away my abyssal asexual love for A. Faint to be happy at parties and not drinking too much champagne. Not drinking too much at all.

Forget that most of the time it’s dark, outside, in my house, that sun will hide during 5months from now.

I remember this woman who died last week in a shop close to the one I worked in this summer, falling of the stairs while looking for a coat for a customer.

How long it is to built a life, to be married, to have kids, and then you die for a fucking coat. You die for 200€ on a wenesday afternoon.

When I was 16 I thought I’d be married and have kids at 30, having done few movies and be happy. At 20 I accepted that I’ll never have a family, I made this pact that I dedicated my life to art, it was a hard decision, the hardest of my life.  Now I’m looking at my newborn wrinckles on my face, being totally freaked up by this, like « no ! not now, not yet ! » scaring to reach my 35 as it’s too close for my 40.

Why there is a woman on this earth able to come home each evening and finding A and her three amazing kids (trust me I never saw kids as beautiful as them !!) spending holidays in a big family house on the belgian coast, under the sun, and the plum trees and kids and friends laughing. Why is she so lucky and why am I still alone ? why each time I spend time to dress well, put some make up, get my hair ready, go to a bar and no one is looking at me ? like…no one. Why am I walking in the street and being so invisible that people constantly run into me ? why A already forgot me.

Shall I mention that I spend almost all the autumn in an uninextinguible tiredness ? sleeping 12, 13 hours per night, wanting to die at the second Justine is quitting the flat to do stuff outside. I just craving as death for change. I want to see you.

Eklampsis /

J’ai beaucoup pensé à la jalousie ces derniers jours. La jalousie à la couleur mordorée du schorle de rhubarbe que je bois là en plein soleil. L’envie m’a donné le manque des matins et des soirs de neige dans Paris fermée.

Clara était jalouse bien sûr. Mais tu l’étais plus encore. Et je n’ai jamais compris comment tu pouvais être jaloux à mon sujet.

J’enrage du manque des matins et des soirs de neige.

J’enrage de savoir que tu les passes avec d’autre, ou pire encore, seul. Tu m’as offert trois jours sublimes et là sur cette pelouse musicale tu m’as annoncé que tu retournais rue Keyenweld avec Clara.

« Tu vois, ça fait pas si mal » alors que j’avais le ventre broyé et les mains enfoncées dans la terre. Alors que je voulais agripper de toute mes forces tes boucles châtains et les arracher à t’en ouvrir le crâne.

Mais toujours le vide derrière tes yeux noisettes. Je voudrais les crever mais mes mains restent enfoncées dans la terre.

Je suis en Allemagne là. Le soleil pique ma peau de mille aiguilles plantées dans ma paire de jeans trop chaude pour la saison. Le schorle perd ses bulles.

L’envie a fait place à la haine. Une haine froide, fermée comme la neige dans Paris que tu m’as refusée.

lettre à N /

29 septembre 2007,

Cris et chuchotements

Bonjour petit astronef,

Je me faufile au travers de mon crachin belgicain pour t’envoyer trois mots en forme de poire.

Ici l’installation se fait doucement, pour l’instant j’erre dans un appartement vide et je me raccroche à mes lambeaux strasbourgeois comme si ma vie en dépendait, des photos en fond d’écran, des fringues d’été qu’on a beau superposer, on a toujours froid. J’ai mangé une frite à frit land, mais elle était fade, elle n’avait pas le goût d’avant, le goût du pays. Alors j’écoute en boucle Joanna Newsom pour me rappeler combien nous sommes solitaires,  encore plus seuls perdus dans le pays de la pluie.

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