Lệ Thu, mes larmes d’automne /

Je t’ai croisé au Starbucks des 4 temps. Je buvais une gorgée tiède de mon pumpkin spice latte trop sucré et dégueulasse. Je t’ai vu dans la file d’attente. Je détourne à nouveau la tête, je n’attend pas de voir ce que tu commandes, je m’en fiche, cela ne te définit pas. Ce qui te définit ce sont ces jolies bottes gold que tu as achetées en soldes, rue Volta, ton manteau bleu marine râpé à l’épaule droite, là où passe la sangle de ton sac à main, l’écharpe camel en cachemire chinois que je t’ai offerte il y a trois ans – pourquoi continues-tu de la porter ? elle est devenue immonde. Tes beaux yeux comme des jonques sur le Mékong en saison sèche. Je n’ai jamais vu le Vietnam mais je crois que je l’ai un peu connu quand je passais ma main dans ta chevelure liquide.

Tu ne m’as pas vu, je n’ai même pas eu à faire semblant de ne pas te voir, d’en être blessée.

Le logo du centre commercial de la Défense nage dans le gris, il passe, ridicule, du rouge profond au rose, inutile, avec personne pour le regarder.

Je suis seule maintenant au starbucks des 4 temps et je me rend compte que j’aurais pu mourir pour toi.

Publicités

le méridien /

J’effleure du bout de l’index un petit accroc dans l’émail de la tasse, la sensation est douce du grès frottant ce petit bout d’épiderme. J’entends le bois pris dans les glaces craquer et se fendre et filtrent des jointures minuscules des traits de vent sifflant. Je ramène sur mon épaule gauche un pan du plaid rose poudre. Mes yeux se plissent et mes lèvres sourient à mesure que mon oreille fait des va et vient sur le cachemire de mes épaules.

Lire la suite

Höfn /

Dans la tranquille effervescence de notre installation de quelques jours je me sens un peu paumée, Svanur me récupère dans un coin près de l’entrée serrant contre moi les deux pans de mon grand cache cœur en cachemire.

« Viens, t’as qu’à t’installer dans le jardin d’hiver, on arrive, on vide la voiture »

Encore des verrières, mais celles-là sont tellement drôles, on se croirait dans une maison de poupée, tout ce bois sculpté, comme si les arbres avaient poussé là comme ça dans ces positions.

« C’est incroyablement joli !

Lire la suite