samedi 14 novembre /

Quelques bougies silencieuses dans le brouhaha des vitrines. Elles sont toutes petites.

Et il y a la solitude des Hommes, la force de leur poings, l’ardeur recommencée des jours sous le soleil âcre des gens qui combattent pour rien.

Je marche à la droite de la cathédrale dans un froid attendu. La solitude des hommes, la force de leurs poings, l’ardeur recommencée des jours sous le soleil âcre des gens qui ont façonné ces pierres silencieuses dans le brouhaha des idoles d’or.

Il y a la voix de Joanna Newsom qui donne envie d’arracher des milliers de cœurs avec les dents, les porter miséricordieux à bout de bras comme les trophées des temps anciens, des idoles d’argile.

Il y a la voix de Joanna Newsom et les boyaux des animaux sacrifiés pour que je n’entende que ma religion tinter dans sa bouche grande ouverte et ses mains sèches, celles des hommes silencieux qui aiment et lâchent prise.

inspiré de Go Long de Joanna Newsom

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nahuatl cacahuatl /

Justine est partie ce matin à Obernai, je ne l’ai pas entendue mais j’ai senti l’odeur du café qui m’a presque réveillée. J’ai rêvé de lapineaux et de canetons à qui je donnais du lait concentré en pleine apocalypse. J’ai accepté de me lever à 13h30, encore un dimanche de gâché.

Comme j’ai du mal à me remettre de cette gueule de bois de fatigue, j’écoute le dernier album de Grimes et Dieu sait qu’il n’est pas bon, mais sa nouvelle bubble-pop me tient éveillée dans une presque ambiance chaleureuse.

Je sors deux rangées de chocolat noir, deux petits pots de compotes de pommes, une cuillère à soupe d’huile de pépin de raisin, deux cuillères à soupe de sucre complet, deux cuillères à soupe de graines de lin concassées, une demi cup de lait d’avoine. Je laisse poser. J’allume mon four pendant la dernière demi heure d’heure creuse, c’est toujours ça de pris, je pense à lui très fort, j’écris à Elle.

Je mélange deux cups de farine, une cup de farine d’avoine, une cuillère à café de poudre à lever sans phosphate, une cuillère à café de bicarbonate de soude, une pincée de sel.

J’incorpore le mélange sec au mélange humide pendant que je chante Realiti à tue-tête.

Une demi-heure à 180°, j’attends. Je ne comprend pas pourquoi les gens ont du mal à travailler avec moi alors que j’ai simplement du mal à vivre avec eux.

Welcome to my realiti.

Mon gâteau vegan au chocolat est cuit. Justine va rentrer d’Obernai. L’odeur du chocolat m’endort.

gateau

lettre à N /

29 septembre 2007,

Cris et chuchotements

Bonjour petit astronef,

Je me faufile au travers de mon crachin belgicain pour t’envoyer trois mots en forme de poire.

Ici l’installation se fait doucement, pour l’instant j’erre dans un appartement vide et je me raccroche à mes lambeaux strasbourgeois comme si ma vie en dépendait, des photos en fond d’écran, des fringues d’été qu’on a beau superposer, on a toujours froid. J’ai mangé une frite à frit land, mais elle était fade, elle n’avait pas le goût d’avant, le goût du pays. Alors j’écoute en boucle Joanna Newsom pour me rappeler combien nous sommes solitaires,  encore plus seuls perdus dans le pays de la pluie.

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lettre à A /

17 septembre 2007,

J’ai ajouté des éphémérides à ma lettre pour Christine la lointaine, l’amie du bout des trains, des rêves de partance. Je lui parle de mon amour, toi, ce drôle d’amour si neuf, si fragile comme un œuf de caille. Je pense à cet amour que nous ne ferons jamais, à cet amour que nous construisons à chaque mots maladroits, je pense à ton Amour et je lui souhaite de vivre encore longtemps et que vous soyez heureux et des cerisiers en fleurs que nous regarderons tous ensemble, les possibles et les moins probables.

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Labaroche /

labaroche

Des grêlons gros comme des cerises sont tombés sur les pivoines de Chine, elles retombent délicates et déchues sur leur maigres tiges sèches. Quelques nuages humides s’accrochent aux poteaux électriques de la ligne de crête de l’autre côté de la vallée. Ma brique se réchauffe dans le kachelofe. Son émail est écaillé, elle semble avoir cent cinquante ans, comme le ronronnement du frigo par la porte entre ouverte, comme les rideaux provençaux, comme le journal que lit Huguette, comme le silence. Ondoient les vapeurs indiennes du tulsi, l’eau qui allume et éteint le feu. Les myosotis sont immobiles. Je pense à R, on parle de J. J’accompagne la tarte aux poires abandonnée.

Ça sent la livèche fraichement coupée. L’eau dessine des cercles concentriques sur la surface d’huile de la table du jardin. La vallée n’est plus qu’une masse opaque et cotonneuse. L’alchémille garde des océans minuscules dans ses bras, la menthe se cache quand l’aconit envahit tout de sa morbide existence. Nous écoutons le Bestiaire de Poulenc, les asperges dansent dans les remous calorifiques de la casserole américaine. La maison craque et le bois siffle. Une odeur de pain, de la farine sèche sur la paume des mains, un lilas plus loin.

Un week-end dans la campagne alsacienne.

Francis Poulenc — La carpe