whispered song /à

I just want to spend more time here

listen to the birds crying

I just want to drink so much I

can’t remember how I act bad

I want to stay in Warsaw

montagelicht

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Polin museum /

A chaque fois que je suis dans les pays de l’est je retombe dans mon histoire, celle que j’ai maladroitement tenter de filmer. Accumulant les images silencieuses de ce pays que je ne connais pas, dont je ne comprend rien sauf la lumière. Je suis à Varsovie et entre ici et la Lettonie, il n’est qu’un petit corridor détruit. Le même gris des même murs des constructions soviétiques, laides à pleurer, belles qu’au travers des yeux des hipsters de l’ouest. Les même champs vastes, ces mètres cubes de plus rien qui s’empilent. J’ai voulu offrir à mon père la toile de fond de souvenirs dont on l’a privé. Mais il n’y a plus rien qui s’empilent et plus personne au monde pour nous raconter notre histoire. Alors je marche seule dans Varsovie, j’emprunte le corridor. Et là, derrière ces mots, il y a plus que du papier, je nous raconte.

nowy_swiat

egzekucja /

A partir du moment où j’ai commencé à me déplacer avec du poison sur moi, je n’ai plus jamais senti mon cœur sauter dans ma gorge au son des bottes cloutées…il y a en moi un besoin avide, douloureux de la vie, de la liberté, du soleil. Un besoin avide de pouvoir traverser la rue sans un brassard à mon bras ou sur ma poitrine, un besoin avide de voir revenir le temps où j’étais propre, où j’avais mon propre lit. Du temps où j’étais encore un humain. »

Aleksandra Sołowiejczyk-Guter (née en 1917) Ghetto de Varsovie.

Un jeune homme blond au visage lunaire s’est détaché du groupe. La guide continue invariablement sa visite en allemand. Il reste les yeux fixés, sans ciller sur la citation de ASG. Il bloque ses sanglots alors que les larmes coulent sur ses joues. Je m’émeus de le voir.

Il y a des blessures que l’Histoire ne veut pas guérir. Je pleure devant son humanité fragile.

Une jeune fille passe, sur son t-shirt, en français « la vie est faite de petits plaisirs. »

Egzekucja1970Ewa Kuryluk — Egzekucja 1970

polaroid /

Elles déambulent avec leurs poussettes, le nez dans leurs téléphones. Les polonaises ont la maternité nonchalante. Deux chiens se courent après. Ma voisine tient une conversation téléphonique depuis vingt minutes. Elle semble comblée. Sa voix se mêle à celle de la fontaine. Un son continu. Les feuilles mortes glacent le sol en couches sèches et craquantes.

Cmentarz żydowski /

J’ai déambulé longtemps dans le cimetière. Foulant du pied une terre tourbeuse silencieuse et matte. Plus loin, une terre sableuse. Le petit corps duveteux d’un mulot en décomposition, une odeur de mort dans l’odeur de fleurs. La forêt de tombes du cimetière juif est abyssale. Horizontale et la verticalité y porte la vie.

On en sort doucement. En descendant les allées en pente douce. En laissant le soleil envahir tout dans les futaies de plus en plus clairsemées. Par le son des sirènes de police qui dévalent le boulevard. Je regarde le grand building en face sur lequel le soleil claque. Il y a des stores au bleu turquoise délavé. Un drap vole furieusement sur son fil. Je dors sur un banc millénaire.

Cmentarz żydowski