out of this sorrow /

Je voudrais provoquer des amours fous, des moments suspendus d’une passion tellement opaque qu’elle en serait solide. Je voudrais créer des multiples vies possibles, me dupliquer dans les esprits d’hommes et de femmes.

Mais ça n’arrive pas. Alors je voyage seule et je profite des opaques moments suspendus et mon esprit s’en imprègne.

Lệ Thu, mes larmes d’automne /

Je t’ai croisé au Starbucks des 4 temps. Je buvais une gorgée tiède de mon pumpkin spice latte trop sucré et dégueulasse. Je t’ai vu dans la file d’attente. Je détourne à nouveau la tête, je n’attend pas de voir ce que tu commandes, je m’en fiche, cela ne te définit pas. Ce qui te définit ce sont ces jolies bottes gold que tu as achetées en soldes, rue Volta, ton manteau bleu marine râpé à l’épaule droite, là où passe la sangle de ton sac à main, l’écharpe camel en cachemire chinois que je t’ai offerte il y a trois ans – pourquoi continues-tu de la porter ? elle est devenue immonde. Tes beaux yeux comme des jonques sur le Mékong en saison sèche. Je n’ai jamais vu le Vietnam mais je crois que je l’ai un peu connu quand je passais ma main dans ta chevelure liquide.

Tu ne m’as pas vu, je n’ai même pas eu à faire semblant de ne pas te voir, d’en être blessée.

Le logo du centre commercial de la Défense nage dans le gris, il passe, ridicule, du rouge profond au rose, inutile, avec personne pour le regarder.

Je suis seule maintenant au starbucks des 4 temps et je me rend compte que j’aurais pu mourir pour toi.

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Paris. Pari. Pas rit. C’est innombrable.

Des bruits infimes et lourds, avant tout des odeurs, Le métro bien sûr, mais aussi plus personnelles, la rue des Thermopyles au mois d’août, les rues de la musique, Belleville, le Paris mieux, le Paris rêvé, la rue des Cascades, du Jourdain, un fleuve merveilleux. Paris pour moi c’est aussi la Tunisie. Paris c’est le pays de ma mère, Paris médina. Le souk. C’est une douleur.

Je ne connais pas un parisien qui ne se soit plaint un jour de la vie « à la capitale » et pourtant on y reste, on y part, on y revient. Je voudrais parler de Paris pour faire sortir de moi la rue Marx Dormoy, Nanterre, le train de Nanterre, l’admiration de A.A., ma jeunesse terrible, blanche, triste. L’argent, le manque d’argent , la nonchalance. Faire sortir la rue de l’Ouest, Paris 14, village. Le cinéma et sa toute puissance fantasmée dans le giron de Dominique.

Les premiers espaces.

Un concentré congelé de perfection un soir, bassin des Tuileries après la rétrospective Viktor&Rolf. Le soleil qui se couche sur Orsay. Paris triste. Paris que j’ai fui pour n’y plus jamais revenir et pourtant l’envie chaque jour de vouloir juste s’arrêter à la Pendule à la Villette.

Paris c’est irrémédiable, ne pas trouver les mots, le souffle court, étouffer. Vouloir en finir. J’ai commencé à écrire sur Paris bien longtemps après l’avoir quitté et bien avant que d’imaginer y retourner. Écrire sur Paris comme la peur au ventre, le plus loin d’elle possible. Dans la peur de l’attachement et au final de l’abandon.