lettre à V /

30 mars 2007,

Pourquoi je fais ce métier. Je ne sais plus.

« A Célia la future grande photographe de Magnum ». Un mot sur une pochette en carton couleur corail. Année 1994. Il y a treize ans je savais encore. Maintenant ne reste que le machinal et la jouissance du geste. Passer à la photographie animée. Promotion artistique ? Sociale ?

A l’exposition de Bruno Stevens, parmi les centaines de photos, il y en avait une, un soldat américain pointant son revolver tout contre le front d’un irakien, et la peur et le désespoir de ce soldat américain. On inverse les rôles, on inverse les victimes, le monde tourne et donne la nausée. Un soubresaut comme un claquement dans le sternum, et un flot de pleurs sales, imbéciles me prend et gonfle ma gorge d’acide, alors la pudeur pour le geste que je n’ai pas et je sors. Je vois galerie de la Reine, des familles, des enfants, des vieillards, des fourrures et des parkas premiers prix, l’odeur de chocolat de Godiva, les sacs estampillés « fournisseur officiel de la princesse Mathilde » de Delvaux. Sur le sol, du chatterton blanc encercle mon espace de la douleur, dessus « Bruxelles bravo ». Bravo pour quoi, pour qui, pour le désespoir et la mort ? Pour la douce ignorance ? Pour le chocolat Godiva ou pour la courte focale de ce photographe qui s’est approché à hauteur de canon de revolver pour témoigner ?

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lettre à N /

29 septembre 2007,

Cris et chuchotements

Bonjour petit astronef,

Je me faufile au travers de mon crachin belgicain pour t’envoyer trois mots en forme de poire.

Ici l’installation se fait doucement, pour l’instant j’erre dans un appartement vide et je me raccroche à mes lambeaux strasbourgeois comme si ma vie en dépendait, des photos en fond d’écran, des fringues d’été qu’on a beau superposer, on a toujours froid. J’ai mangé une frite à frit land, mais elle était fade, elle n’avait pas le goût d’avant, le goût du pays. Alors j’écoute en boucle Joanna Newsom pour me rappeler combien nous sommes solitaires,  encore plus seuls perdus dans le pays de la pluie.

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lettre à C /

21 août 2006,

Il est 5h10, j’ai la nausée et les cheveux froids. Toute la journée j’ai été prise de malaise, j’ai grignoté une tartine au goût de méditerranée, rien n’y a fait. Alors quittant mon bureau auquel je suis accroché toutes mes heures d’éveil je me suis plongé dans « moi d’abord » que tu m’as conseillé il y a dix ans…d’où la nausée, trop dur de lire ce qu’on n’ose pas se dire, l’ennui, l’étouffement et pas savoir quoi changer.

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lettre à A /

17 septembre 2007,

J’ai ajouté des éphémérides à ma lettre pour Christine la lointaine, l’amie du bout des trains, des rêves de partance. Je lui parle de mon amour, toi, ce drôle d’amour si neuf, si fragile comme un œuf de caille. Je pense à cet amour que nous ne ferons jamais, à cet amour que nous construisons à chaque mots maladroits, je pense à ton Amour et je lui souhaite de vivre encore longtemps et que vous soyez heureux et des cerisiers en fleurs que nous regarderons tous ensemble, les possibles et les moins probables.

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