Préface /

J’ai vu un (deuxième) monde s’ouvrir entre deux eaux

Entre deux moi

Créant des reflets pleins de verrières

Et de soleil filtrant du feuillage

J’ai vu un monde monter

Des obélisques de mes mains

A chaque ports célestes

Des habitations lunaires

Ce sont mes villes verticales.

J’ai vu un (deuxième) monde s’ouvrir derrière

Celui-la

Sombre et palpitant dans la moëlle

C’est je crois être soi

Parce que je te souhaite

De trouver ce deuxième monde.

pour Julien,

printemps 2005,

 

Lettre ouverte à Cyril Pedrosa /

juillet 2012

Ça a commencé il y a longtemps et il y a quelques jours à la bibliothèque municipale, celle du centre ville, près de chez moi. Je cherchais un bouquin de cuisine, je vois Autobio 2 sur le chariot des retours, je m’assieds, commence à lire et puis c’est trop drôle, je vais l’emprunter, le faire lire à mon copain, parce que bah…c’est vraiment trop nous. Je le lis une fois, deux fois. Je regarde ce que vous avez fait d’autre. Alors avant-hier, je retourne à la bibliothèque, toujours chercher des livres de cuisine, un film Bollywood, n’importe lequel, juste pour les couleurs. « La bibliothèque va bientôt fermer ses portes, merci de bien vouloir clôturer vos recherches et enregistrer vos documents ». Et merde, j’ai oublié. Je retourne aux BD. Merde, comment vous vous appelez déjà ? Je vous retrouve à la couverture. Moi je suis une visuelle.

Portugal.

Portugal c’est une mare boueuse de larmes inutiles qui restent coincée dans la poitrine. Vous ne le savez pas, mais Portugal pour moi c’est aussi Lettonie. C’est ma vie, mes questions et mes pas-de-réponse. La Lettonie j’en reviens. Il y a une semaine et demi. Depuis, mon sac, ma trousse de toilette ne sont pas défaits. La vaisselle pas faite. La feuille blanche. Le scénario je le tiens depuis quatre ans. Et entre temps, la crise, les réductions de budgets à la culture et surtout le silence. Le silence morbide du village de ma grand-mère, le silence à mes questions. Le silence de l’écriture. J’étais parti pour filmer. je n’ai jamais pu appuyer sur REC.

Alors Portugal posent des images. Sur le Portugal que j’aime tant. Des images d’hommes, de femmes mais d’hommes surtout. Je pense à mon grand-père, à mon père, à leur silence, à la mort qui a enterré tout ça. Les BD c’est le monde secret de mon père. Tellement indigne pour ma mère. Mais moi je ne peux m’en passer. Je les achète d’occas, je les vole quand j’ai vraiment plus de fric, c’est un monde libre et sans frontières de culture. Moi je suis une visuelle. Je ne sais plus lire. Je ne rêve plus qu’en images. Les vôtres m’aident au jour le jour en offrant une trame à celle, manquante de mon film, de mon histoire, au silence encore une fois, obtus que j’oppose à toutes questions. « Alors la Lettonie ? ». Que voulez vous que je vous dise ? Que je parle de ma tristesse à s’en arracher le cœur devant l’église fermée du village de ma grand-mère ce lundi pluvieux du 25 juin 2012 ? Alors je regarde les pages 71, 72, 73 de Portugal et je me sens moins seule et j’aime les couleurs de piscine. Je rajoute Portugal à ma liste de cadeau d’anniversaire avec le mortier en marbre de Ikea, le DVD de Restless.

Ce que je dis, ce que vous dites n’est pas original mais n’est pas sans importance. Des petites histoires on fait de grandes histoires. Mon producteur me l’a souvent répété avant de m’abandonner.

Je me demandais bien ce que j’allais faire de tout ça.

février 2016

Une  nouvelle productrice m’a adoptée. J’ai fait mon film, j’ai raconté la Lettonie. J’ai relu Portugal que j’ai eu pour mon anniversaire cet automne là, un an jour pour jour après sa sortie.  Je l’ai rangé dans ma bibliothèque.

Au solstice d’hiver sont sortis les Équinoxes. Elles m’accompagnent sur le chemin de la Corse, du prochain film, du côté droit de ma vie.

Merci à vous Cyril Pedrosa, au plaisir de vous rencontrer un jour.

P1110932

Cyril Pedrosa _ Portugal

Lettre à J /

Hiver 2008

Tu vois, je regrettais déjà que tu partes s’en « t’entendre ». j’ai écouté ton cœur battre, ta main apaiser ma tête, en quelques minutes je me suis retrouvée dans une bienheureuse béatitude, douce, chaude, lisse. Depuis que tu es parti je me sens hyper-solaire et plus démunie que jamais. L’ouïe plus fine, le cœur au bord des yeux, les poumons déployés. Mon âme est encore engourdie. Tu m’as lavé de C. et des saletés, dépêtrée de _certains de_ mes boulets. Merci pour ton immense regard immense. Je ne comprendrais peut être jamais ce que ce regard veut dire mais qu’importe puisque mon cœur semble le comprendre sans en informer mon cerveau. Deux mille neuf, il y a tellement de jolis mots là dedans, sans toi je serais passé à côté.

Mille et un baisers

Que la Terre déverse sur toi la neige scintillante la plus douce pour tapisser ton chemin.

Lettre à Julien /

Tu viens de me laisser au travail. K est partie faire quelques courses. Je suis encore emplie de la force minérale de la cathédrale. Ça n’est pas si agréable. J’ai les jambes qui flageolent et le cœur gros. Une vague de mélancolie est venue petit à petit inonder ma roulotte comme le nénuphar de l’écume des jours. Je me sens en plein paradis des cailloux. Tu es là dans mon pays, mon chez moi et tu sembles triste, la tête autre part. Je m’en veux que tu ne sois pas plus heureux au moins pendant ces quelques jours.

J’ai cette impression d’amer regret de t’avoir toujours raté. J’aurais voulu que tu sois mon ami et nous sommes comme des boules de billard, semblables et incapables de se rapprocher. Ce soir tu vas partir et j’aurai le cœur encore plus gros, le manque de ne pas t’avoir serré dans mes bras, de ne pas avoir ri avec toi, peut être de ne pas avoir compris ce que tu avais à dire et que tu n’as pas dit, toute ta vie que tu tiens inlassablement secrète.

Je repense à cet été où tu m’as manqué si fort, où j’étais si démunie dans l’ombre solaire de N et de ma terre qui me nourrissait chaque jour un peu plus. Quand j’aurais voulu t’avoir avec nous sur ce plateau irréel des Vosges.

Je ne sais pas pourquoi nous n’arrivons pas à nous convaincre mutuellement de cette gentillesse qui nous caractérise, pourquoi je te vois si froid et indifférent et pourquoi tu me vois si compliquée et inaccessible. Oui, j’ai l’impression de t’avoir raté. Ça m’importait que tu saches qui je suis, que je suis ton amie, que je ne t’ai jamais voulu de mal même si j’ai été si maladroite. Tu t’es senti agressé et j’ai l’impression depuis, que tu t’ai buté même si tu me dis le contraire. Dommage. Tu me mets face à un échec, c’est difficile de faire avec.

J’espère que tu reviendras me voir, que tu me feras oublier la douleur que la Belgique m’a abandonnée et peut être que notre fort soleil alsacien de l’été éloignera le gris de ton regard.

Avec toute mon affection,

Lettre à K /

An another night whithout sleeping. Another night going to bed at midnight, hoping falling asleep. Another night taking pills, be sick, can’t fall asleep, read compulsively « Just Kids » from Patti Smith. Another night telling myself i’m a loser, a loner. I’m so old and so far from what i wanted when I was in my youth. How confident in life I was, with an immensity of possible in the head, in my hands.

I’m in a long dark corridor except that when you’re alive there is no fucking white light at the end, just the same shit, same days rolling on your tired eyes.

I’m in a huge decluttering process of my house, and still feel disgusted by my stuff, like, it’s not mine anymore. I’d like to just have my red bag and go in Warsaw, in Lisboa, spending days reading, listening to Joanna Newsom, eating bread and radish.

But i spent a craziness amount of money, i need to work again, again selling shit to morons. Watching in silence Justine drawing 8hours per day, failing at attempting crappy contemporary art contests, trying again, scrapping her eyes with the sunlike bulb i offered her for drawing in the night.

Failure, loneliness tear my heart apart. I feel dizzy of sadness, unable to pick up my phone and try a last time to find a proper job i love.

It’s crazy how much in love i can be with A, how much i suffer from not just wake up in the morning, open my email box and find email from him. Each morning, the same disapointment even if i’m totally aware i’ll never will have some again. So i avoid to sleep, glutoning crappy sweet, greasy food with my earplugs most of the time in my ears. I just can’t bear world’s sounds. I could kill each person i met in the street, all of their poorness, their ignorance, their lack of sensitivity. Sod off my so called friends.

V is coming to visit me next week as he’s travelling in Germany. I just want to fuck during three days, be fullfilling with sex, overwhelmed, to be out of this craving of affection with someone i’m not in love with. To get away my abyssal asexual love for A. Faint to be happy at parties and not drinking too much champagne. Not drinking too much at all.

Forget that most of the time it’s dark, outside, in my house, that sun will hide during 5months from now.

I remember this woman who died last week in a shop close to the one I worked in this summer, falling of the stairs while looking for a coat for a customer.

How long it is to built a life, to be married, to have kids, and then you die for a fucking coat. You die for 200€ on a wenesday afternoon.

When I was 16 I thought I’d be married and have kids at 30, having done few movies and be happy. At 20 I accepted that I’ll never have a family, I made this pact that I dedicated my life to art, it was a hard decision, the hardest of my life.  Now I’m looking at my newborn wrinckles on my face, being totally freaked up by this, like « no ! not now, not yet ! » scaring to reach my 35 as it’s too close for my 40.

Why there is a woman on this earth able to come home each evening and finding A and her three amazing kids (trust me I never saw kids as beautiful as them !!) spending holidays in a big family house on the belgian coast, under the sun, and the plum trees and kids and friends laughing. Why is she so lucky and why am I still alone ? why each time I spend time to dress well, put some make up, get my hair ready, go to a bar and no one is looking at me ? like…no one. Why am I walking in the street and being so invisible that people constantly run into me ? why A already forgot me.

Shall I mention that I spend almost all the autumn in an uninextinguible tiredness ? sleeping 12, 13 hours per night, wanting to die at the second Justine is quitting the flat to do stuff outside. I just craving as death for change. I want to see you.