Lettre à mon amant /

A toi qui fut mon amant si peu de jours et pourtant trop il y a, ce qu’il me semble être une éternité, je te dis ceci :

Je me suis rendue ce matin au commissariat pour répondre des faits que tu me reproches, d’avoir jeté l’opprobre sur ta personne. Non seulement je ne suis pas l’auteure des mots qui t’ont agressés mais je suis juste atterrée, navrée, effondrée de voir que tu me prêtes ces actions. Que tu puisses croire que mon énergie qui me sert à créer, à écrire, à composer de la musique, à réaliser des films, à aimer les animaux, mes proches, ma famille, la nature, la vie je puisse la gâcher à « diffamer ».

Non tu ne me connais pas, car quiconque me connait a minima, saurait que c’est tout simplement aux antipodes de mon comportement, ce que j’avais à te dire je te l’ai écrit il y a bien longtemps et je t’ai rayé de ma vie. Je suis réputée pour mon franc-parler et mon honnêteté. J’ai mis du temps à m’en remettre, pas de ton charme irrésistible très relatif, mais du peu d’égard que tu as eu pour moi. Et non content de m’avoir manqué de respect en 2015, tu me traines dans la boue encore deux ans plus tard, causant de l’angoisse et du questionnement à mon compagnon, moi-même et mes proches.

Je te dirais qu’il n’y a pas de fumée sans feu, que comme on fait son lit on se couche etc. pourtant je te souhaite sincèrement de trouver un sens à ta vie, d’arrêter de médire et de maudire. Le plus lorsque l’on est croyante comme moi, c’est que l’on a une certaine notion de l’empathie, de la miséricorde. Arrête de haïr la vie, elle te le revaudra peut être.

J’espère ne plus jamais entendre parler de toi ni dans cette vie ni dans une autre.

A bon entendeur.

Préface /

J’ai vu un (deuxième) monde s’ouvrir entre deux eaux

Entre deux moi

Créant des reflets pleins de verrières

Et de soleil filtrant du feuillage

J’ai vu un monde monter

Des obélisques de mes mains

A chaque ports célestes

Des habitations lunaires

Ce sont mes villes verticales.

J’ai vu un (deuxième) monde s’ouvrir derrière

Celui-la

Sombre et palpitant dans la moëlle

C’est je crois être soi

Parce que je te souhaite

De trouver ce deuxième monde.

pour Julien,

printemps 2005,

 

Lettre ouverte à Cyril Pedrosa /

juillet 2012

Ça a commencé il y a longtemps et il y a quelques jours à la bibliothèque municipale, celle du centre ville, près de chez moi. Je cherchais un bouquin de cuisine, je vois Autobio 2 sur le chariot des retours, je m’assieds, commence à lire et puis c’est trop drôle, je vais l’emprunter, le faire lire à mon copain, parce que bah…c’est vraiment trop nous. Je le lis une fois, deux fois. Je regarde ce que vous avez fait d’autre. Alors avant-hier, je retourne à la bibliothèque, toujours chercher des livres de cuisine, un film Bollywood, n’importe lequel, juste pour les couleurs. « La bibliothèque va bientôt fermer ses portes, merci de bien vouloir clôturer vos recherches et enregistrer vos documents ». Et merde, j’ai oublié. Je retourne aux BD. Merde, comment vous vous appelez déjà ? Je vous retrouve à la couverture. Moi je suis une visuelle.

Portugal.

Portugal c’est une mare boueuse de larmes inutiles qui restent coincée dans la poitrine. Vous ne le savez pas, mais Portugal pour moi c’est aussi Lettonie. C’est ma vie, mes questions et mes pas-de-réponse. La Lettonie j’en reviens. Il y a une semaine et demi. Depuis, mon sac, ma trousse de toilette ne sont pas défaits. La vaisselle pas faite. La feuille blanche. Le scénario je le tiens depuis quatre ans. Et entre temps, la crise, les réductions de budgets à la culture et surtout le silence. Le silence morbide du village de ma grand-mère, le silence à mes questions. Le silence de l’écriture. J’étais parti pour filmer. je n’ai jamais pu appuyer sur REC.

Alors Portugal posent des images. Sur le Portugal que j’aime tant. Des images d’hommes, de femmes mais d’hommes surtout. Je pense à mon grand-père, à mon père, à leur silence, à la mort qui a enterré tout ça. Les BD c’est le monde secret de mon père. Tellement indigne pour ma mère. Mais moi je ne peux m’en passer. Je les achète d’occas, je les vole quand j’ai vraiment plus de fric, c’est un monde libre et sans frontières de culture. Moi je suis une visuelle. Je ne sais plus lire. Je ne rêve plus qu’en images. Les vôtres m’aident au jour le jour en offrant une trame à celle, manquante de mon film, de mon histoire, au silence encore une fois, obtus que j’oppose à toutes questions. « Alors la Lettonie ? ». Que voulez vous que je vous dise ? Que je parle de ma tristesse à s’en arracher le cœur devant l’église fermée du village de ma grand-mère ce lundi pluvieux du 25 juin 2012 ? Alors je regarde les pages 71, 72, 73 de Portugal et je me sens moins seule et j’aime les couleurs de piscine. Je rajoute Portugal à ma liste de cadeau d’anniversaire avec le mortier en marbre de Ikea, le DVD de Restless.

Ce que je dis, ce que vous dites n’est pas original mais n’est pas sans importance. Des petites histoires on fait de grandes histoires. Mon producteur me l’a souvent répété avant de m’abandonner.

Je me demandais bien ce que j’allais faire de tout ça.

février 2016

Une  nouvelle productrice m’a adoptée. J’ai fait mon film, j’ai raconté la Lettonie. J’ai relu Portugal que j’ai eu pour mon anniversaire cet automne là, un an jour pour jour après sa sortie.  Je l’ai rangé dans ma bibliothèque.

Au solstice d’hiver sont sortis les Équinoxes. Elles m’accompagnent sur le chemin de la Corse, du prochain film, du côté droit de ma vie.

Merci à vous Cyril Pedrosa, au plaisir de vous rencontrer un jour.

P1110932

Cyril Pedrosa _ Portugal

Lettre à J /

Hiver 2008

Tu vois, je regrettais déjà que tu partes s’en « t’entendre ». j’ai écouté ton cœur battre, ta main apaiser ma tête, en quelques minutes je me suis retrouvée dans une bienheureuse béatitude, douce, chaude, lisse. Depuis que tu es parti je me sens hyper-solaire et plus démunie que jamais. L’ouïe plus fine, le cœur au bord des yeux, les poumons déployés. Mon âme est encore engourdie. Tu m’as lavé de C. et des saletés, dépêtrée de _certains de_ mes boulets. Merci pour ton immense regard immense. Je ne comprendrais peut être jamais ce que ce regard veut dire mais qu’importe puisque mon cœur semble le comprendre sans en informer mon cerveau. Deux mille neuf, il y a tellement de jolis mots là dedans, sans toi je serais passé à côté.

Mille et un baisers

Que la Terre déverse sur toi la neige scintillante la plus douce pour tapisser ton chemin.

Lettre à Julien /

Tu viens de me laisser au travail. K est partie faire quelques courses. Je suis encore emplie de la force minérale de la cathédrale. Ça n’est pas si agréable. J’ai les jambes qui flageolent et le cœur gros. Une vague de mélancolie est venue petit à petit inonder ma roulotte comme le nénuphar de l’écume des jours. Je me sens en plein paradis des cailloux. Tu es là dans mon pays, mon chez moi et tu sembles triste, la tête autre part. Je m’en veux que tu ne sois pas plus heureux au moins pendant ces quelques jours.

J’ai cette impression d’amer regret de t’avoir toujours raté. J’aurais voulu que tu sois mon ami et nous sommes comme des boules de billard, semblables et incapables de se rapprocher. Ce soir tu vas partir et j’aurai le cœur encore plus gros, le manque de ne pas t’avoir serré dans mes bras, de ne pas avoir ri avec toi, peut être de ne pas avoir compris ce que tu avais à dire et que tu n’as pas dit, toute ta vie que tu tiens inlassablement secrète.

Je repense à cet été où tu m’as manqué si fort, où j’étais si démunie dans l’ombre solaire de N et de ma terre qui me nourrissait chaque jour un peu plus. Quand j’aurais voulu t’avoir avec nous sur ce plateau irréel des Vosges.

Je ne sais pas pourquoi nous n’arrivons pas à nous convaincre mutuellement de cette gentillesse qui nous caractérise, pourquoi je te vois si froid et indifférent et pourquoi tu me vois si compliquée et inaccessible. Oui, j’ai l’impression de t’avoir raté. Ça m’importait que tu saches qui je suis, que je suis ton amie, que je ne t’ai jamais voulu de mal même si j’ai été si maladroite. Tu t’es senti agressé et j’ai l’impression depuis, que tu t’ai buté même si tu me dis le contraire. Dommage. Tu me mets face à un échec, c’est difficile de faire avec.

J’espère que tu reviendras me voir, que tu me feras oublier la douleur que la Belgique m’a abandonnée et peut être que notre fort soleil alsacien de l’été éloignera le gris de ton regard.

Avec toute mon affection,