Les cercles concentriques /

Journée en nuances de gris avec Julien. Toute limace, pleine de gueule de bois. Rêvant d’autre chose. Il est mal à l’aise et ça m’épuise. C’est dur d’essayer de faire bonne figure alors que l’autre a peur de se prendre un coup. La matinée s’est passée, silencieuse, comme un ballet, de pièce en pièce, s’évitant. L’odeur de café pour m’écœurer. Parce que la vie du dehors semble moins pauvre que notre quotidien, je l’invite à s’évader de nos quatre murs. Les pieds raclent le gravier entourant les cognassiers de la prison. Descendre mécaniquement jusqu’aux Marolles.

Nous nous sommes arrêtés dans une de ces boutiques vintage que duplique la rue Blaes. L’espace d’un instant, entre le chapeau de Pete Doherty et le bonnet de Jean-Claude Dusse, j’ai imaginé quelle pourrait être notre vie future et ça ne m’a pas plu. Il tremble de m’avoir déçu à de trop nombreuses reprises. Mais c’est plutôt moi qui ai cru qu’il était ou qu’il pouvait devenir ce que je pensais qu’il est. Compliqué.

J’essaie d’intégrer l’idée des mondes multiples de Violaine et ça m’explique beaucoup de choses et je me dis qu’une fois n’est pas coutume, mon monde a de hautes barrières.

Alors juste apprendre et accepter qu’il existe d’autre mondes que le mien, qui s’interpénètrent et dont je ne fais pas partie.

Publicités

Rue d’Alsemberg /

Je vois ma chambre avec tous ces cartons pas défaits ou à peine. Elle a été un espace entre deux autres et pourtant je me suis attachée à elle. Au bruit de sèche-cheveux dans la cour, et même peut être au RnB de la voisine du dessus. Le cybercafé en bas, le petit GB, l’Aldi. Le quartier. Mon Saint Gilles, mon Forest. Cinq années passées plus ou moins drôlement. Cette Belgique qui aura hébergé tous mes amants, des amis. Ce pays où j’aurais appris un métier et la difficulté d’en vivre.

Oui je sais que je n’en ai pas fait assez.

Je pars dans dix jours exactement. Dix jours pour faire le bilan de ma vie à Bruxelles, faire le plein de ma ville, en écrire encore le nom : Bruxelles, pour rappeler celui que je n’écrirai plus au dos des enveloppes. Mes amis me manquent et je suis toute seule. Je pars et je m’indigne en silence de voir que Bruxelles reste la même, inchangée, dans son rythme chaotique et border-line. Je suis toute seule et je remarque pourtant que cela fait longtemps que mes amis m’ont quitté…Finies les années d’école trépidantes où tout était encore possible.

Des noms sonnent comme des arrachements d’une peau dont j’ai encore besoin. Laissez les moi encore un peu, les rues que je suis du bout des doigts, par cœur, les yeux fermés. Les places seules, les matins fragiles sans soleil, les visages familiers qui arrivent au détour d’une vitrine dégoulinante, les BD de Pêle-mêle, la jup’ à n’importe quelle heure de n’importe quels bars portugais. Les nuits passées à marcher avec tellement d’amour qu’on cassait les distances.

Mais

Rester pour quoi ? Pour qui. Il faut savoir couper le plan quand l’idée l’a quitté, même si ça veut dire jeter sa matière.

Dick Annegarn — Bruxelles