Vision d’ensemble /

J’ai la tête tournée vers un espace fictif. Face au miroir. J’ai appris ton appartenance à une autre disparue de moi. J’ai relu la correspondance unilatérale de Sacha et Jeanne. Combien cet homme me touchait, dans sa faiblesse, toi l’Ironie tu le disais « faible ». J’imagine les mots de Jeanne sous tes mots, la communion de vos deux âmes, « la fraicheur de ses dix neuf ans » dans votre arrogance solaire. Lune, je ne me fais que ton miroir. Sans toi on ne me voit pas.

Sur la mer, de l’écume glacée. les méduses échouées à intervalles réguliers forment de petites surfaces réfléchissantes sur la plage vide. Cette plage est si grande, si vide. Mon être ne suffit pas à la remplir. Je me dilue. Où es-tu ? Pourquoi cette nouvelle, là ce soir, à cette table, si loin de chez moi, aucune zone de repli, à découvert, je courbe l’échine sous les coups.

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Préface /

J’ai vu un (deuxième) monde s’ouvrir entre deux eaux

Entre deux moi

Créant des reflets pleins de verrières

Et de soleil filtrant du feuillage

J’ai vu un monde monter

Des obélisques de mes mains

A chaque ports célestes

Des habitations lunaires

Ce sont mes villes verticales.

J’ai vu un (deuxième) monde s’ouvrir derrière

Celui-la

Sombre et palpitant dans la moëlle

C’est je crois être soi

Parce que je te souhaite

De trouver ce deuxième monde.

pour Julien,

printemps 2005,

 

Lettre à Julien /

Tu viens de me laisser au travail. K est partie faire quelques courses. Je suis encore emplie de la force minérale de la cathédrale. Ça n’est pas si agréable. J’ai les jambes qui flageolent et le cœur gros. Une vague de mélancolie est venue petit à petit inonder ma roulotte comme le nénuphar de l’écume des jours. Je me sens en plein paradis des cailloux. Tu es là dans mon pays, mon chez moi et tu sembles triste, la tête autre part. Je m’en veux que tu ne sois pas plus heureux au moins pendant ces quelques jours.

J’ai cette impression d’amer regret de t’avoir toujours raté. J’aurais voulu que tu sois mon ami et nous sommes comme des boules de billard, semblables et incapables de se rapprocher. Ce soir tu vas partir et j’aurai le cœur encore plus gros, le manque de ne pas t’avoir serré dans mes bras, de ne pas avoir ri avec toi, peut être de ne pas avoir compris ce que tu avais à dire et que tu n’as pas dit, toute ta vie que tu tiens inlassablement secrète.

Je repense à cet été où tu m’as manqué si fort, où j’étais si démunie dans l’ombre solaire de N et de ma terre qui me nourrissait chaque jour un peu plus. Quand j’aurais voulu t’avoir avec nous sur ce plateau irréel des Vosges.

Je ne sais pas pourquoi nous n’arrivons pas à nous convaincre mutuellement de cette gentillesse qui nous caractérise, pourquoi je te vois si froid et indifférent et pourquoi tu me vois si compliquée et inaccessible. Oui, j’ai l’impression de t’avoir raté. Ça m’importait que tu saches qui je suis, que je suis ton amie, que je ne t’ai jamais voulu de mal même si j’ai été si maladroite. Tu t’es senti agressé et j’ai l’impression depuis, que tu t’ai buté même si tu me dis le contraire. Dommage. Tu me mets face à un échec, c’est difficile de faire avec.

J’espère que tu reviendras me voir, que tu me feras oublier la douleur que la Belgique m’a abandonnée et peut être que notre fort soleil alsacien de l’été éloignera le gris de ton regard.

Avec toute mon affection,

La rivière /

Il y a eu les heures sombres où les pas claquent et rien ne résonne. Il y a eu les Noëls silencieux, lourds dans la voiture refroidie. Il y a eu les heures claires des matins dans les constellations de Bruxelles, la tête en altitude, les yeux neufs qui s’ouvrent à plus ancien, à plus sensible. La pellicule dans mes doigts jeunes.

Était-ce lui ou un autre ?

Les pas ouatés sur la moquette rouge de l’olympe, des mots qui roulent un peu, un petit rire malin. Il y a eu les heures silencieuses des nuits de travail, découvrant trois couleurs, blanches. Un peigne bleu. Les nuits de sommeil avec le chat muet.

Était-ce lui ou un autre ?

Il y eu les heures extatiques et les heures de rage, de si petits yeux gris luttant tout le jour. Il y a eu les pleurs affamés dans l’eau de Jupiter. Il y a eu les cris et la fatigue. La joie sans cesse renouvelée des matins calmes. les mots de l’est qui éclatent comme des bulles dans les oreilles du petit garçon. La vie qui grandit.

Était-ce lui ou un autre ?

Il y a eu les heures d’ennui et les heures froides dans Paris perdue. Strasbourg les murailles hautes. Il y a eu les heures effacées, les jours sans cesse recommencés. Les films dépassés. Et puis un saut dans le temps, Varsovie. Les heures à venir. Un mot en papier qui saute les frontières en forme d’adieu qui s’ignore.

Était-ce lui ou un autre ?

Il est un autre, un ancien lui, un futur autre, un autre lui. Il y a eu les heures gracieuses dans la caravane froide, dans l’hiver plein de soleil. Il y a eu une révolution et hier est aujourd’hui. Il y a toujours les si petits yeux gris de Roman. La joie sans cesse renouvelée de Johanne dans le silence des matins calmes. C’était lui et nous. Jamais tout à fait les même comme avance une rivière.

en mémoire de Renaud

La clé d’or /

Un beau dimanche. Un dimanche de film. Avec du soleil et plein d’amour. Place du jeu de balle avec Julien, on a glané de jolies choses et le soleil tapait fort dans sa toute petite jeunesse de début de printemps. On était à l’intérieur avec la fenêtre ouverte, presque dehors. Il y avait un vieux monsieur qui chantait, un autre qui jouait de l’accordéon. A la Clé d’Or. J’y ai croisé Cath, toute belle avec de petites tresses noires et sa dégaine de punk. On a cherché désespérément la petite boutique où on avait vu le chouette chapeau pour Jul. Dans un sens, dans l’autre, pas trouvé. En rentrant j’ai lavé mes nouvelles fringues et je me suis sentie dépassée par mon départ, comme si l’embrayage ne voulait pas. Élodie avait appelé à 10h puis à 14h pour qu’on se voit, André et même Matyas. C’était doux à mon oreille et le cœur qui se serre, et un temps de silence quand il m’annonce qu’il part quand je reviens et qu’il revient quand c’est moi qui doit partir.

Alors on fait semblant pour éviter de se dire adieu.