Alone and forsaken /

Peut être qu’un jour il faudra que je te montre les autres photos.

Des victoires napoléoniennes j’ai gardé le goût de la défaite, les semaines qui s’étirent, l’ailleurs sans cesse regretté.

J’ai espéré reconstruire quelque chose de meilleur pour la vie, la notre, la sienne.
Nous sommes partis à l’est.

D’une autre victoire ou d’une autre défaite, d’un appel pudique autour d’un burger j’ai raccroché les jours opaques et je suis parti encore plus à l’est.

Je suis parti avec les repérages de Wenders. Les cadres en scope de road-movie que je n’ai fait qu’emprunter. Ces paysages sans frontières où l’on ne s’arrête pas. Et alors la frustration et les mots tus, les photos oubliées, la main qui se crispe sur le grip. Et alors les nuits où l’on vit autant que le jour. Les lignes courbes, les lignes droites, les lignes de fuite. Toujours. Accepter la loi de la route, celle qui avance, celle qui dévale, qui m’avale. J’ai taché de m’imprégner de l’ambiance et les moments étaient déjà vécus. On se dit que c’est pareil alors que c’est justement précisément différent. Parce que la lumière n’est jamais la même, parce qu’un pays désolé, parce que la dynamique des gens, parce que la dynamique des gars. On cherche à faire original et on se rend compte que la construction académique est suffisante, parce qu’elle a fait ses preuves ; privilégier le fond plutôt que la forme.

J’ai voulu ouvrir toujours plus large la focale des envies d’évasion, cette piste de décollage, cette route défoncée qui mène à la noyade. Et les prairies impraticables et les marais bondissants pleins des cadavres de ces gens que je ne photographie pas.

Vide.

J’ai couvert ma peau d’images arrachant la peau de mon père en la faisant valser dans les photos jaunies du grenier de ma mère. Je me suis couché nu dans les bruyères, j’ai marché seul dans des lieux qui semblent abandonnés comme un enfant en expédition.

Faire de la photographie c’est voir autre chose que ce qu’un moment donne à voir et donner à voir à son tour avec un peu de soi.

Je ne dis plus les mots, je ne sais plus les dire il paraît. Reste le silence en quatre tiers. Les filles lasses de Solovski à qui plus aucun gars ne parlent. Il y a les mots disparus de la bibliothèque, les restes de souffrance, il y a la lumière et l’ambiance et la texture du monde. La langue hermétique et les contours soyeux. Les satellites échoués.

J’ai mis les photos prises à la fin au début. J’ai encore le goût de l’extase dans les yeux. Les shots d’ambiance forte. La mer blanche m’a redonné naissance. J’y ai vu des femmes, j’y ai rencontré des hommes, des amis, un, moi, perdu et abandonné. Dans Carélie il y a care et lie celle qui prend soin de moi et celle que je laisse derrière moi.

Il y a les paysages sans frontières où l’on s’arrête.

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Texte d’accompagnement à la série Carélie de Eric Lefortson

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