Fuel /

j’ai vu ma cour empaqueter le soleil, tendre entre trois fils froids les mots qui pleurent, les mots qui crient. Les larmes du lac. Je voudrais lécher mes yeux comme une tétine oubliée, les nettoyer de ce qu’il leur reste à voir. Fini les bougies fanées dans le bougeoir de septembre, les plantes grasses qui survivent adossées, fragiles, sur les baguettes chinoises, le raphia des dentelles. Anton joue sur le parquet gris, je croise ses yeux qui m’interroge de tout ce qui lui reste à voir. Il a beau être transparent, il a beau être silencieux, la musique nous assiège dans mes rêves froissés, dans mes draps sales, dans les collines du Puy de Dôme, dans les livres de Léa. Elle nous enroule dans les volutes du sucre de mon thé brulant. J’enlève mon pelage d’aigle, je le confie aux bras protecteurs de Boris. J’enlève la nouvelle balance de mes pieds, la hache et l’aime. Je reste protégée par le double vitrage. Je vois ma cour. J’allume notre pauvre chauffage surpassé par le soleil disparu. Je n’attendais qu’un mot, que tu me le dises simplement. Qu’il vienne dans la suite de la bière belge partagée, du café noir du matin, dans le tee shirt de ceux qui vont où les autres ne vont pas, dans la disparition de l’anglaise qui a quitté le continent. J’ai essayé de prendre le vent de face mais il n’y a pas de prise sur les courbes de mon corps, et mon âme est trop lourde pour ne serait-ce que suivre le courant. J’ai battu des bras et je suis restée honnête. D’un prisme tellurique est finalement tombée une poésie naturelle.

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