cinéma des réalités /

L’air de l’appartement ressemble à ces morceaux de cake restés trop longtemps dans la vitrine des pâtisseries. Sec, graisseux, mauvais.

Il fait tellement chaud de cet air sec et graisseux que l’eau fraiche de la douche qui roule sur son corps arrive déjà chaude sur ses pieds gonflés et brulants. Elle écoute le ronronnement du boulevard circulaire un peu avant le parc comme le bruit des climatiseurs dans les hôtels de luxe de Jakarta.

Maciej est couché sur le lit en jeans et en chaussettes. Cela l’agace et elle prie pour que sa présence reste silencieuse, à peine entrecoupée du clic du pad sous ses doigts. Quand elle partira il fera 20° et elle sera triste. Elle aura abandonné tout un été et l’occasion de se réconcilier avec Franek. Mais que veut-elle retrouver lui demande son père au téléphone. Lui ou cette période solaire incroyable de l’après tournage ?

Franek l’a récupéré, exsangue, abattue comme une jeune accouchée, il lui a amené une vie meilleure. Elle est couchée auprès de Maciej et ne comprend pas pourquoi il s’obstine à rester en jeans et en chaussettes. Avant qu’il ne fasse 20° il reste soixante quatorze heures mais elle n’appellera pas Franek pour se réconcilier.

Soixante quatorze heures ça n’est pas suffisant pour retrouver une vie meilleure.

L’eau roule chaude sur ses pieds.

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caliente /

Il fait une chaleur d’enfer. Je suis restée toute la journée dans l’appartement de la place Zbawiciela à ne rien faire. Toutes fenêtres grandes ouvertes à laisser entrer le soleil qui tape sur tout ce qu’il peut. Il fait 38° dans la cuisine. J’écoute Le Cinéma de Nougaro en boucle jusqu’à l’écœurement. Je passe à Mount Kimbie. Serged. Falty DLRX.

L’eau de la bouteille que je viens de sortir du congélateur ruisselle sur mon menton. Ma main moite sur mon carnet. Je me suis souvenu de la plage portugaise sur laquelle j’écoutais de la house en 97.

Je m’adosse sur le mur en plein soleil. Je ferme les yeux.

Le monde est infini.

maciej_house

Bons-Vents Vistula /

Sa jupe bleue enroule les jambes de l’homme en tongs qui la mène sans accroc, par habitude. Le vieux chien a tourné autours d’eux puis est allé se coucher sous la table. Les moustiques virevoltent autours des lampes. Ils vont et viennent de la Vistule à mon canapé. L’enfant attend, patient, au bord de la piste. Le regard de la femme racle le sol, l’homme, les yeux fermés fait glisser son alliance le long du dos de la femme. Vingt ans de mariage roule sur le sol de la milonga de Praga.

Les heures longues ont passés. Sur la piste, plus personne, la femme, l’homme, l’enfant et le chien sont partis depuis longtemps. Maciej traverse la piste d’un souple, un sourire tendre et coupable sur les lèvres. Dans l’ombre du dehors, devant une bougie éteinte je l’ai attendue patiemment toute la nuit. Il éteint la musique. On rallume les lumières. Je sors de ma torpeur, de mon canapé défoncé, j’enlève la veste qui protégeait mes jambes de la morsure des moustiques et la repose sur les les épaules de Maciej. Je prends mon sac, on s’en va. Nous traversons silencieusement le pont Świętokrzyski.