lettre à C /

21 août 2006,

Il est 5h10, j’ai la nausée et les cheveux froids. Toute la journée j’ai été prise de malaise, j’ai grignoté une tartine au goût de méditerranée, rien n’y a fait. Alors quittant mon bureau auquel je suis accroché toutes mes heures d’éveil je me suis plongé dans « moi d’abord » que tu m’as conseillé il y a dix ans…d’où la nausée, trop dur de lire ce qu’on n’ose pas se dire, l’ennui, l’étouffement et pas savoir quoi changer.

Je relis ton message pleins de changements et j’ai des rêves d’Amérique, je te vois faisant des tartes au fond d’une montagne, dans une limousine rose de 1000 mètres de long, seule, désemparée, rayonnante et toute puissante. Je repense au courage de faire des choix et de les assumer surtout quand ça va mal, je repense à l’envie des rêves, à les voir devenir réalité, à en voir naître d’autre, plus fous.

Mais juste la nausée pour parler de mon présent, brisée par des gens qui ne m’ont voulu que du mal, de nouvelles personnes, douces, pudiques devant ma nouvelle faiblesse avouée : être moi-même sans jouer, sans protection, la voix muette et l’œil attentif. J’apprends les brins d’herbes, et à courir vite face à trop de bruits. J’ai fui celui que j’aime parce qu’encore une fois pas le bon, j’ai retrouvé celui que j’ai aimé pour lui souhaiter le jour de son anniversaire le 11 août d’avoir le courage d’être heureux et d’arrêter de se perdre, j’ai fait la paix avec M., j’ai mis un point à notre histoire, je nous laisse l’opportunité d’en écrire de nouvelles. L’autre je le laisse loin de moi, au fond de sa Belgique et je tisse des barrières de silence pour éviter qu’il ne vienne me jeter son bonheur à la gueule, je n’ai plus le courage de l’entendre, de le voir vivre sans moi avec une autre que moi, qu’il ne respecte pas tout ça par peur. Je fais peur, j’impressionne, je suis son dragon chinois porte bonheur mais je lui fais peur, un dragon de parc d’attraction, je suis celle qu’on envoie au front, celle qui sans qui, à la force inépuisable, le roc, la source ; et je pleure la nuit dans mon lit sans personne à qui je puisse dire je n’y arrive pas, pardon, tout ça c’est pas moi.

Je marche aussi des nuits entières j’arpente la ville en boucles que je répète mécaniquement. « C’est la crise des 25 ans » et je ressens le ridicule de l’expression et honteuse je l’accepte presque, facile excuse au foirage total. Je jette, les objets du quotidien, du passé, mes kilos qui ne protègent de rien, les numéros pourris de mon répertoire téléphonique, les livres trop puissants, j’écoute en boucle Abraham de Sufjan Stevens incapable d’écouter autre chose depuis trois mois avec le live à Bologne de Chet Baker. Je jette des amarres aux étoiles sur la carte du monde, Violaine en Espagne bientôt au Mexique avec le grand amour de sa vie, Gwenn à Boston sur la voie de la réconciliation avec elle-même et l’apprentissage de la solitude sans le grand amour de sa vie, Noémi œuvrant pour l’humanité au Vietnam, avec le grand amour de sa vie : la réconciliation avec ses origines, et toi ? Perdu dans ce drôle d’univers entre deux trains, deux avions, sur les routes qui serpentent.

Je termine mon mémoire et j’ai la tête pleine de futurs, mes rêves de résidences en Inde, à la villa Medicis, mon nom en grand sur Pompidou, un atelier gigantesque à Berlin, tout semble tellement loin et se voudrait si proche. Le temps qui passe me rend folle, folle à lier, folle à pleurer, à errer, tétanisée par le temps qui file, je me tiens éveillée des jours, des nuits entières pour ralentir le temps qui passe, et j’écris à l’ordinateur parce que la main va trop lentement…

Ça fait trois mois que je n’ai plus pleuré et j’ai le vertige de garder cette mélancolie.  Des fois je voudrai que tout s’arrête tant me lever me semble insurmontable et d’autres jours, dans les câlins de Roman, dans le vent de la mer qui empêche de tenir debout, dans les compliments d’un quasi inconnu, je voudrais vivre mille vies et ne jamais m’arrêter, je serai jeune et pirate, je serai vieille avec un accordéon sur le perron de ma maison et des myriades d’enfants courant sous les cerisiers, je serai homme, je serai femme, j’aimerai quiconque à un sexe, quiconque à un cœur qui bat dans la poitrine, je volerai dans les magasins avec mon amoureux pour me nourrir et je dormirai dans des palaces seule comme une diva.

Quand il faisait encore chaud une nuit j’ai fait un rêve, je descendais d’un train avec ton sac Kipling rouge, Manu m’attendait, il m’a ramené chez lui dans un appartement vert d’eau presque vide, et sans qu’il prononce un mot m’a dit qu’il avait une nouvelle terrible à m’apprendre, tu étais morte. Le lendemain j’ai eu la gueule de bois, celle de l’angoisse, je me suis fait des films très vite dans la tête, je voulais appeler Manu, trouver le numéro de ta sœur, appeler le tourneur de Tiersen si je n’avais pas de tes nouvelles dans la journée. La nuit suivante je n’ai pas dormi et à 12h ton petit soupir a jailli via mon téléphone. J’avais cru t’avoir perdu, et c’était effroyable. « Tâcher d’être toujours au bon moment, au bon endroit, avec la bonne personne » pourquoi ça fait si longtemps ? Tu me manques tellement.

Deux larmes coulent, je vais sortir prendre l’air pour changer celui-ci.

Voilà je suis rentrée de ma ballade, je croquais un sucre devant une vitrine dans laquelle se trouve un petit collier que j’aurais aimé pouvoir m’offrir avec écrit « let me sing » derrière moi une femme en rouge est passée très vite puis elle est rentrée précipitamment dans un café, le Balmoral, un milk-bar avec pleins de néons roses et bleus et des banquettes en skaï comme les snack américain des années 50 dans le téléfilm Happydays. Ella a ouvert les verrous qu’elle a refermé derrière elle, et elle a disparu dans l’arrière salle. Il y aura toujours des Balmoral pour abriter les filles en détresse, à chacun de trouver le sien.

Sur le chemin du retour j’ai chanté et le jour s’est levé.

Je t’embrasse

Je t’aime

Ta petite Célia

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