lettre à A /

17 septembre 2007,

J’ai ajouté des éphémérides à ma lettre pour Christine la lointaine, l’amie du bout des trains, des rêves de partance. Je lui parle de mon amour, toi, ce drôle d’amour si neuf, si fragile comme un œuf de caille. Je pense à cet amour que nous ne ferons jamais, à cet amour que nous construisons à chaque mots maladroits, je pense à ton Amour et je lui souhaite de vivre encore longtemps et que vous soyez heureux et des cerisiers en fleurs que nous regarderons tous ensemble, les possibles et les moins probables.

J’écoute Sufjan Stevens Abraham et je pense au sacrifice, au sacrifice de ceux que l’on aime, du temps qui passe, de la perte, « mieux vaut avoir connu l’amour et le perdre que de perdre tout court ». C’est une amie suédoise qui m’a dit ça. Et je me construis d’éphémère et je ne pleure plus cette légèreté de la matière et tans pis pour cette bouche émolliente que je ne collerai pas à la mienne, à ce sexe que je ne ferai pas jouir, parce que je fais jouir mon cœur et j’espère que cette volupté éclate aux mille endroits où je passe.

Je pense à chaque seconde précieuse que tu me donnes et j’espère « être au bon moment, avec la bonne personne, au bon endroit », dans l’odeur de ton cou quand affectueusement tu me souhaites d’être heureuse à la terrasse du Moeder Lambic. Je voudrais te montrer comment le ciel est beau de chez moi, du haut de ces montagnes, si loin de la mer, te faire goûter de ces saveurs d’enfance enterrées dans mon cœur, te donner les caresses de mon père, ma musique qui n’existe que dans ma tête, le sourire attendrie face à un bébé chêne, la première neige porte bonheur que l’on mange au petit matin, les chansons que je murmure à l’aube du premier matin, et mes colères et mes horreurs, mes caramels mous et mes casseroles, la connerie de ma jeunesse, la beauté de mes quatre ans, la sagesse de mes soixante ans.

Et je rêve de ton frère que je ne connaîtrai jamais et la rage de ce que j’aurais pu te donner et te reprendre en une porte claquée un jour plus gris que les autres. Et je ne comprends pas ce ravage dans mon ventre, les nuées de papillons qui, affolés, se ruent sur la clarté du cœur, et ces mots et le romantisme désuet et le tant pis du ridicule, de la culpabilité. Il y a un hippocampe un peu abîmé sur mon clavier, c’est toi, le père qui s’occupe de sa famille parce que la mère ne peut pas être là, et ton courage et ton humilité. Je t’offrirai le monde par le biais d’autre personnes, en espérant que mes mots te fassent voir ce que je ne pourrai te donner et que d’autres te donneront mieux.

Ce jour se termine dans six minutes, 6 porte bonheur, le six de ma rose des vents près de mon oreille, ce petit compas que je partage avec ma sœur, apatrides portant notre maison, nos vies autours de notre cou, petite ancre en or pur qui nous laisse dériver toujours plus loin, plus éphémères.

Un jour j’ai été le grand amour de sa vie d’un homme qui ne me connaît pas, quelqu’un avec un livre de Verhaeren dans les mains, juste parce que ce moment était parfait et que je lui ai glissé un mot chiffonné, timide, moite. J’espère être le grand amour de ta vie, l’amour de foire, de romanichel qui n’existe que dans les livres d’enfants et que tu raconteras à ta fille, vieux, un sourire attendri pendu à tes lèvres et je me fous du déni de réalité des scénar de pacotille qui n’existent que dans ma tête, parce que ça s’oublie, ne reste qu’un souvenir aux contours incertains, quelque chose de tellement futile qu’on se demande si ça a existé.

Voilà il est minuit une, je suis plus vieille d’une journée, d’une année, une révolution, c’est tellement énorme, laissons ça au passé, aux marées de septembre comme dirait Tiersen, les marées qui m’ont vu naître et qui ramènent les coquillages au fond de la mer.

Avec toute mon affection

Petit Cel de mer pas toujours utile et éternel

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