Labaroche /

labaroche

Des grêlons gros comme des cerises sont tombés sur les pivoines de Chine, elles retombent délicates et déchues sur leur maigres tiges sèches. Quelques nuages humides s’accrochent aux poteaux électriques de la ligne de crête de l’autre côté de la vallée. Ma brique se réchauffe dans le kachelofe. Son émail est écaillé, elle semble avoir cent cinquante ans, comme le ronronnement du frigo par la porte entre ouverte, comme les rideaux provençaux, comme le journal que lit Huguette, comme le silence. Ondoient les vapeurs indiennes du tulsi, l’eau qui allume et éteint le feu. Les myosotis sont immobiles. Je pense à R, on parle de J. J’accompagne la tarte aux poires abandonnée.

Ça sent la livèche fraichement coupée. L’eau dessine des cercles concentriques sur la surface d’huile de la table du jardin. La vallée n’est plus qu’une masse opaque et cotonneuse. L’alchémille garde des océans minuscules dans ses bras, la menthe se cache quand l’aconit envahit tout de sa morbide existence. Nous écoutons le Bestiaire de Poulenc, les asperges dansent dans les remous calorifiques de la casserole américaine. La maison craque et le bois siffle. Une odeur de pain, de la farine sèche sur la paume des mains, un lilas plus loin.

Un week-end dans la campagne alsacienne.

Francis Poulenc — La carpe

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s